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Bernadette Lafont tentée par le démon de midi

A l'affiche, Pio Marmaï et Bernadette Lafont. SP

Dans «Bazar», le dernier film de la cinéaste genevoise Patricia Plattner, l’actrice Bernadette Lafont joue le rôle d’une antiquaire qui, à 60 ans, s’éprend d’un homme de 25 ans au corps apollonien. C’est le beau et la bête.

«Tout peut arriver», avait dit Nancy Meyers dans son film éponyme sorti en 2004. Vous vous souvenez peut-être de cette comédie américaine dans laquelle Erica (Diane Keaton), la cinquantaine avancée, néanmoins très belle, divorcée, chassant sa déprime par l’écriture de scénarios, se surprend séduite par un très jeune médecin (Keanu Reeves) beau, brillant, qui la courtise.

Le film avait eu beaucoup de succès, d’abord parce qu’il déplaçait la crise de l’âge, et les doutes sexuels qui l’accompagnent, dans la sphère féminine (d’habitude ce sont toujours les hommes qui ont peur de vieillir, n’est-ce pas ?!). Ensuite parce qu’il aiguisait cette crise par un comique de situation très bien exploité.

Une chineuse invétérée

Tout peut arriver, dit à sa manière la cinéaste genevoise Patricia Plattner dans son dernier film «Bazar». Une comédie, là-aussi, qui met cul par-dessus chemise la vie active et sexuelle (l’une ne va pas sans l’autre en général) de Gabrielle, divorcée, la soixantaine enragée, expulsée de sa boutique d’antiquaire qu’elle tient à Genève. Toute une vie bazardée du jour au lendemain par un huissier de justice zélé qui met donc Gabrielle à la retraite, sans pour autant pouvoir fourguer aux oubliettes la passion de la dame pour son métier.

Car Gabrielle est une chineuse invétérée. Mais sa curiosité ne s’arrête pas aux objets d’occasion, elle s’étend aux rencontres, elles aussi de circonstance. Talonnée par le temps qui passe, elle saisit donc rapidement l’opportunité d’un face à face avec Fred (Pio Marmaï), un Portugais de 25 ans, déménageur, qu’elle croise lors d’une vente d’antiquités. Le jeune homme deviendra vite son amant, au grand dam de Gilles (Jean- Paul Wenzel), son compagnon d’autrefois qui l’aime toujours.

Embonpoint et rides

Gabrielle, c’est Bernadette Lafont, verbe haut, faconde intarissable, agressivité garantie, vulgarité aussi. Là-dessus, pas mal d’embonpoint, beaucoup de rides et un sourire radieux qui laisse découvrir quelques implants… Bref, de quoi faire fuir le plus tenace des amants.

Et pourtant, Fred, regard d’ébène, corps apollonien, tient. Comment tient-il donc ? Au début, on a le sentiment qu’il tient en raison de son ambition. Le jeune homme est sculpteur à ses heures. Espère-t-il donc que Gabrielle le lance sur le marché de l’art ? Interrogation vite balayée par la tonalité du film qui n’a rien d’une pièce à thèse. Si Fred tient, c’est donc grâce à un tour de force du cinéma qui réussit l’impensable: réunir dans un même lit le beau et la bête.

Tout peut arriver en effet, les femmes ont elles aussi droit à leur démon de midi. Il n’y a pas que les hommes qui pètent les plombs à 60 ans! La cinéaste s’amuse à dévoyer les codes culturels. Son «Bazar» est une comédie où le hasard autorise le rêve.

Ce rêve, on l’aurait souhaité plus… esthétique, avec une Gabrielle séduisante, attirante, désirable. La séduction est génératrice de fantasmes, savoureux ingrédients pour un film distrayant. Songerait-on à mettre dans le lit d’une jeune fille sexy un sexagénaire repoussant? Certainement pas, car la sauce ne prendrait pas, en tout cas pas dans une comédie.

Ghania Adamo, swissinfo.ch

«Bazar» de Patricia Plattner (film Suisse/France).

Avec notamment: Bernadette Lafont, Pio Marmaï, Lou Doillon, Jean-Paul Wenzel…

Scénariste, cinéaste et productrice suisse, née à Genève en 1953.
Au milieu des années 80, elle fonde la société de production Light Night avec François-Christophe Marzal.
Après un premier court-métrage «La Dame de pique», elle tourne, en 1989, son premier long-métrage «Piano panier», qui évoque l’amitié entre deux femmes.

L’année d’après, elle réalise pour la télévision «Des Tableaux qui bougent», un portrait du peintre Georges Schwizgebel. Elle renouvelle l’expérience du portrait avec « Le sismographe » (1991), « Le Hibou et la baleine » (1993), et « Maestro, maestro » (1999).

Elle signe également «Le livre de cristal» avec Jean-François Balmer et Valéria Bruni-Tedeschi.

Avec Bernadette Lafont, elle avait déjà travaillé sur le tournage du film «Les petites couleurs».

Côté production, elle a collaboré avec Manoel De Oliveira («Les Cannibales») et Raul Ruiz («La Chouette aveugle», «Ce jour-là»).

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