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Calvin sur les planches met «Genève en flammes»

Photo Vanappelghem

A l'occasion du 500e anniversaire de la naissance du Réformateur, le metteur en scène François Rochaix crée à Genève un spectacle qui s'annonce grandiose. Entretien.

Les chiffres d’abord, éloquents: un gradin de 1500 places, face auquel se produiront douze comédiens, une vingtaine de figurants, trois trombonistes et un chœur composé de huit chanteurs. Pour les admirer, des milliers de spectateurs attendus du monde entier, de France, d’Allemagne, des Etats-Unis, de Corée et de Suisse bien sûr.

Le spectacle s’annonce donc grandiose. Il sera présenté en plein air, dans le parc des Bastions, à Genève, devant le célèbre Mur des Réformateurs. Là, une scène, majestueuse par son ampleur, a été installée, adossée ainsi à cinq siècles d’histoire.

L’histoire tumultueuse de la Genève protestante du XVIe siècle est ici «revisitée» par le dramaturge franco-suisse Michel Beretti dans «Calvin, Genève en flammes». Une pièce qui a été commandée à l’auteur par l’Association Jubilé Calvin09, chargée de la commémoration du 500e anniversaire de la naissance du Réformateur.

C’est à François Rochaix que revient l’honneur de créer cette pièce qui se joue donc du 1er au 26 juillet. Entretien avec un metteur en scène heureux de se confronter à une partie de l’Histoire, qui est aussi une partie de lui-même.
swissinfo: Ces flammes qui brûlent dans le titre de votre spectacle sont-elles celles de l’enfer?

François Rochaix: Pas du tout, c’est plutôt la flamme spirituelle de Calvin, mais c’est aussi Calvin qui met Genève sens dessus-dessous en créant des divisions au sein de la population. Le mot peut donc s’interpréter ici de plusieurs manières.

swisssinfo: L’enfer n’est donc pas hors-propos, surtout si l’on songe à la prédestination, idée chère à Calvin qui pensait que les hommes naissent damnés ou bénis…

F.R.: Il faut relativiser cette idée de prédestination qui n’a plus d’actualité aujourd’hui. A l’époque, Calvin l’avait inventée pour lutter contre le «commerce» des indulgences, pratiqué au sein de l’Eglise romaine. C’était sa façon de dire qu’on ne pouvait pas «s’acheter» la grâce de Dieu, que cette grâce se méritait tout simplement.

swissinfo: Faut-il comprendre que vous allez détrôner dans votre spectacle quelques stéréotypes sur Calvin?

F.R.: Absolument. Je souhaite surtout faire tomber le cliché de l’austérité qui défigure le vrai visage de Calvin. Celui-ci n’était pas un théologien borné comme beaucoup de personnes le prétendent, mais un mystique fasciné par tout ce qui dépasse l’homme, qu’il s’agisse du mystère de Dieu ou de la nature. Vous savez, à Genève il y a ce que j’appelle «le complexe Calvin» qui agit comme un carcan et vous étouffe. Ce complexe fut longtemps le mien. Je suis genevois et protestant. Il y a 20 ans, j’aimais à dire qu’une vie entière ne suffisait pas pour se défaire de l’éducation calviniste.

swissinfo: Et aujourd’hui que dites-vous?

F.R.: Je me dis que Calvin était sans doute en avance sur son époque. Je vais peut-être vous étonner en vous avouant que je le compare souvent à Fidel Castro…

swissinfo: Fidel Castro?

F.R.: Oui, absolument. L’expérience cubaine, extraordinaire, des années 1960 fut pour moi la plus belle expérience du XXe siècle, car basée sur la création d’une société plus égalitaire, plus juste. Mais pas seulement. Castro souhaitait, de surcroît, changer l’homme. Dans son projet social pour Cuba, il y avait quelque chose d’exaltant, un peu comme le projet de Calvin pour Genève. Calvin voulait une société nouvelle où les taux usuraires baisseraient pour rendre la vie plus confortable aux gens simples. Et ce n’est là qu’un exemple parmi d’autres.

Autre point réunissant Castro et Calvin: le blocus. Combattu par les Américains et jeté dans les bras des Soviétiques, le Cubain avait été obligé de durcir le ton, de recourir à des excès en contradiction avec ses principes. Même phénomène pour le Genevois. Calvin fut débordé par la magistrature qui prenait des décisions contre lui, contre ses croyances, et qui lui attribuait ensuite les prises de décisions.

Ce fut le cas, par exemple, avec Michel Servet, ce supposé hérétique, brûlé vif. L’affaire souleva une grosse polémique à Genève et causa beaucoup d’ennemis à Calvin qui, au fond, ne souhaitait pas pour Servet un châtiment aussi radical.

swissinfo: Revenons au spectacle. Michel Beretti en a écrit le texte. Dans une note d’intention il affirme que le sujet de sa pièce c’est l’histoire d’une communauté qui «se donne une autorité morale». Concrètement, qu’est-ce que cela signifie?

F.R.: Beretti a écrit une belle pièce qui, avec beaucoup d’humour, raconte toute une série de confrontations entre les pasteurs, les magistrats et les gens simples; entre Calvin et sa ville également. S’y profilent aussi des figures marquantes, comme celle de Michel Servet dont je vous parlais. Comme celles de quelques femmes, au caractère bien trempé, dont la théologienne Marie Dentière. Il y a même la place pour la femme de Calvin et pour une scène d’amour réunissant le couple. Ce sont donc tous ces moments-là qui vont former, je l’espère, un joli kaléidoscope, avec Genève en toile de fond, représentée par un décor très stylé.

swissinfo: Vous confiez le rôle de Calvin au Neuchâtelois Michel Kullman. Pourquoi ce choix?

F.R.: D’abord parce que c’est acteur très intelligent, ensuite parce qu’il est ludique et créatif. Je sais donc qu’il ne trichera pas avec Calvin, ni dans son jeu, ni dans son physique d’ailleurs. Par sa silhouette effilée, il reste plus proche de son personnage que d’autres comédiens plutôt «ronds». Et puis je connais très bien Kullman pour l’avoir dirigé dans des rôles historiques très importants. Il possède donc le bagage qu’il faut pour sortir Calvin du simple cadre religieux et lui donner toute sa dimension humaine.

Ghania Adamo, swissinfo.ch

«Calvin, Genève en flammes», parc des Bastions, Genève, du 1er au 26 juillet. Le spectacle se déroule en plein air. En cas de mauvais temps, il sera joué au Théâtre du Léman, Genève.

En marge du spectacle: Village huguenot, installé au parc des Bastions. Ce lieu de rendez-vous propose, tous les soirs de représentation, de nombreuses animations ainsi qu’un espace de restauration.

Né en 1942.

Il fonde, avec Marcel Robert, l’Atelier de Genève qu’il dirige de 1963 à 1975. C’est là qu’il joue ses premiers rôles et réalise ses premières mises en scène.

De 1975 à 1981, il est directeur général du Théâtre de Carouge.
Il travaille également comme metteur en scène indépendant et est sollicité par de nombreux théâtres européens.

Il sera par la suite appelé aux Etats-Unis où il dirigera – de 1996 à 2001 – l’Institute for Advanced Theater Training, à l’Université de Harvard.

Il est par ailleurs l’organisateur de la Fête des Vignerons (Vevey 1999), et conçoit en 2002 la cérémonie d’ouverture d’Expo02.

Plusieurs récompenses saluent sa carrière artistique: Médaille Beaumarchais 1982, Anneau Hans Reinhart 1989, Grand Prix de la Ville de Genève 1995 et Prix des Belles-Lettres 2000.

Né à Noyon (Picardie) en 1509.

Fils d’un procureur ecclésiastique, il est d’abord élevé dans la religion catholique.

S’étant lié avec des partisans de Martin Luther, il embrasse alors les principes de la Réforme et commence à propager ses théories dans Paris.

En 1534, suite aux persécutions menées contre les protestants français, il se réfugie près d’Angoulême, puis s’exile à Bâle où il publie, en 1536, « L’Institution de la religion chrétienne ».
Ce livre a un retentissement énorme et Calvin est nommé à Genève professeur de théologie.

Deux ans après, il est banni de cette ville pour cause de rigorisme excessif. Mais il y est rappelé en 1541. Il participe alors à la création, à Genève, d’une république calviniste.

En 1559, il fonde l’Académie de Genève et en confie le Rectorat à Théodore de Bèze.

Il s’éteint à Genève en 1564.

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