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Connaissez-vous José Fontana?

Keystone

Non, répondront sans doute la plupart d'entre vous. Pour découvrir ce Tessinois, ardent défenseur de la justice sociale au 19e siècle, voici un roman, La semaine prochaine, peut-être, écrit par le Suisse-italien Alberto Nessi et paru en français chez Campiche.

Faut-il revisiter l’histoire des guerres et des rébellions pour apprécier La semaine prochaine, peut-être? La question se pose au lecteur lorsqu’il referme ce roman d’Alberto Nessi, récemment paru en français chez Campiche.

Pour les connaisseurs et les admirateurs des mouvements révolutionnaires, Marat, Bakounine, Engels, Karl Marx, Antero de Quental, Paul Lafargue, Garibaldi, le colonel Luvini, le général Dufour et José Fontana… restent des hommes irremplaçables. Pour les néophytes, une bonne partie de ces noms constitue une masse de personnages vaguement connus, voire inconnus.

Surtout José Fontana, héros de La semaine prochaine peut-être. Et il n’est pas exagéré de dire qu’Alberto Nessi ne facilite pas la tâche au néophyte. Le flux de son texte est régulièrement perturbé par des emprunts ou des allusions littéraires (Victor Hugo, Baudelaire, Flaubert, Rousseau, Stendhal…) et par un télescopage de dates et d’époques à vous donner le vertige.

De la Bastille à Abou Ghraib

Le roman passe donc d’un personnage à l’autre, glisse sur les identités, pour ne constituer finalement qu’une atmosphère. En toile de fond: la Révolution française, la Commune de Paris, la prise du château de Neuchâtel par les royalistes, sa reprise par les républicains, la guerre du Sondrebond, la bataille de Sempach… Et bien d’autres combats menés en Suisse et dans le monde au nom de la liberté ou au mépris de la liberté, selon que l’on soit du côté des victimes ou des bourreaux.

Pas d’ordre ici, mais un désordre narratif qui va de la Bastille aux prisons d’Abou Ghraib, avec des allers-retours frénétiques, douloureux, joyeux, entre Lisbonne, Le Locle et le Tessin. Le Tessin où José Fontana est né (en 1840). Le Jura où il s’est fait soigner ses poumons mangés par la tuberculose, où il a également travaillé comme apprenti-horloger.

Et Lisbonne, ville de sa mère, où il a débarqué vers 1855 pour y exercer le métier de typographe et de libraire; pour y créer aussi l’Associaçao Fraternidade Operaria, section locale de l’Internationale. Oui, Fontana le tessinois était internationalise, l’un des fondateurs du mouvement ouvrier portugais, au 19e siècle.

«Je m’appelle José, j’ai trente et un ans, je suis libraire à Lisbonne, je suis tuberculeux et je veux changer le monde.» Premières lignes du roman. Aussitôt s’affirme l’idéalisme du héros, son envie de vivre contre sa maladie et les injustices sociales, sa naïveté aussi, celle qui irrigue en général toute soif d’absolu.

Contrebandiers et filles ensorcelées

Mais pour savoir tout cela, pour connaître le combat de Fontana, ses réalisations, sa place dans le mouvement ouvrier portugais, ses écrit, il faut attendre la 70e page du roman, qui en compte 192. Car le début du livre consiste en une évocation enchantée et mélancolique de l’enfance et de l’adolescence du héros, puis de son travail de libraire à Lisbonne.

Le tout raconté par un José nostalgique des vallées du Tessin et de leurs histoires d’étables: trafic de contrebandiers et filles ensorcelées. Nostalgique aussi d’une Suisse vaillante, contenue dans ce cri drôle et fanfaron: «Vive Luvini, du Tessin notre patrie, splendeur de l’Helvétie».

«L’Histoire est un carnage fait par des gens ivres», écrit Alberto Nessi. Juste et poignante observation. On s’attendait, néanmoins, à ce que l’auteur déplace les perspectives sous lesquelles on présente en général cette Histoire.

Or les deux autres tiers de son livre, même s’ils reflètent le combat révolutionnaire, même s’ils racontent la naissance difficile du mouvement ouvrier à Lisbonne, en Europe et dans les cités horlogères suisses, n’en restent pas moins limités à une réflexion lancinante et répétitive sur l’injustice sociale.

Alberto Nessi relance constamment les mêmes dés. Sous sa plume et à travers le récit de son héros, on retrouve, avec des variations, cette même question: pourquoi l’homme est-il considéré comme une marchandise?

Tranquillement, dans une douceur paradoxale pour une évocation sanglante, la narration va son train et porte cette interrogation jusqu’à la fin. En nous laissant quelque peu sur notre faim.

Ghania Adamo, swissinfo.ch

La semaine prochaine peut-être, roman d’Alberto Nessi, Editions Campiche, 192 pages. Traduit en français par Anne Cuneo.

Poète et romancier tessinois, né à Mendrisio en 1940.

Il suit les cours de la Scuola Magistrale à Chiasso et de l’Université de Fribourg.

C’est à Chiasso également, où il a grandi, qu’il enseigne la littérature italienne.

Ses plus récentes œuvres poétiques: Ode di gennaio, Iris Viola, Blu cobalto con cenere.

Parmi ses romans, on évoquera: Terra matta, Tutti discendono, Fiori d’ombra, La Lirica.

Ses livres sont traduits en français et en allemand.

Né en 1840 au Tessin.

Après avoir quitté le Tessin pour le Jura où il a appris le métier d’horloger, il s’établit à Lisbonne, la ville de sa mère, où il est vraisemblablement arrivé après 1855.

A partir de 1870, il y exerce le métier de typographe et de libraire et est co-fondateur du mouvement ouvrier portugais.

Membre de la section locale de l’Internationale socialiste, il crée, avec un groupe de travailleurs, plusieurs coopératives.

Il est également cofondateur à Lisbonne, en 1872, de l’Associaçao Fraternidade Operaria.


Il exerce par ailleurs une activité journalistique, rédige des articles dans O Pensamento Social et collabore à la revue O Protesto.

Il meurt de la tuberculose à Lisbonne en 1876, à 36 ans.

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