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Daniil Harms, le rire avant tout

«Les récits de leur impossibilité d'être et de leur autodestruction». theatre-contemporain.net

L'écrivain surréaliste russe a inspiré la Compagnie vaudoise Pasquier-Rossier pour son spectacle tonifiant «Le corbeau à quatre pattes», donné à Lausanne.

On a pu dire de lui qu’il est un auteur difficile. Formule paresseuse dissimulant généralement une équation d’une même indigence: intellectuel, donc ennuyeux.

Pourtant, rien de plus limpide que la prose de Daniil Harms, écrivain russe surréaliste (1905-1942), héritier de l’avant-garde des années dix et réduit au silence par le stalinisme. Rien de plus drôle que son univers dont il a été le premier à révéler l’absurdité en écrivant: «Je suis le monde. Mais le monde n’est pas moi».

Ce monde-là, il a tenté d’en comprendre le fonctionnement par des aphorismes, des poèmes, des saynètes, de courtes pièces de théâtre… Petits chefs-d’œuvre d’humour que le Genevois Jean-Philippe Jaccard a rassemblés dans un livre remarquable («Daniil Harms, écrits») paru chez Christian Bourgois en 1993.

Imperméables mystérieux

Depuis, de nombreuses troupes de théâtre y ont puisé la matière de leurs spectacles. Parmi elles, la compagnie vaudoise Pasquier-Rossier qui a créé l’an dernier «Le corbeau à quatre pattes», repris ces jours au Théâtre de l’Arsenic, à Lausanne, avant une tournée romande.

De quoi parle ce «Corbeau»? Du rire justement que Harms appelait de ses vœux pour juguler le désarroi. Ce rire, les acteurs le déclenchent par l’incongruité. Corps enfermés dans de mystérieux imperméables mastique, gestes robotisés ou souples, ils apparaissent comme des marionnettes à la merci d’un manipulateur sadique.

Qu’ils jouent les maris malins, les babouchkas épanouies ou les philosophes émérites, leur vie semble tout le temps renaître du vide. Et leurs histoires ne sont que les récits de leur impossibilité d’être et de leur autodestruction. Comme dans cette scène finale où s’exhibent leurs corps coupés en tronçons.

Ghania Adamo

«Le corbeau à quatre pattes» à Lausanne, Théâtre de l’Arsenic; jusqu’au 3 février. Tel: 021/625 11 36. Bulle, Centre culturel, le 6 février. Neuchâtel, Théâtre du Passage, du 7 au 9 mars. Bienne, Le Palace, le 11 mars.

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