La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse

Derrière les images, la souffrance humaine

La photographe Suzanne Opton observe les effets causés par la guerre en Irak sur les soldats américains. swissinfo.ch

Avec «Stigmates», le Musée international de la Croix Rouge à Genève propose une exposition temporaire qui vise à dénoncer les séquelles qu'une catastrophe - naturelle ou non - peut laisser sur la nature et les hommes.

Aucune arme pour identifier ce soldat américain abandonné en Irak. Uniquement des yeux bleus éclatants au milieu d’un visage pour transmettre la souffrance vécue. Ce portrait troublant de Bruno, un jeune GI, est présentée dans le cadre de «Stigmates»…

L’exposition, mise sur pied par le Musée de l’Elysée à Lausanne, réunit sept photographes contemporains issus du monde entier, et présente une déclinaison de la souffrance vécue autour de nous.

Parmi les thèmes évoqués: les effets psychologiques de la guerre en Irak, le trafic sexuel en Moldavie, l’impact de catastrophes naturelles comme l’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans ou encore les massacre humains dans un pays apparemment calme et tranquille, la Bosnie-Herzégovine.

«À travers cette exposition, nous essayons de mettre en avant le fait que l’aide humanitaire ne s’arrête pas forcément lorsque l’aide d’urgence est terminée. Les situations nécessitent souvent des interventions à long terme, jusqu’à ce que les victimes puissent enfin retrouver une certaine dignité et une vie normale», explique Sandra Sunier, conservatrice du Musée de la Croix Rouge.

L’inoubliable

Les images brutes des GI’s, immédiatement après leur retour d’Irak, prises par la photographe new-yorkaise Suzanne Opton, sont particulièrement marquantes. Allongé sur une table, chaque jeune soldat dévoilent toute la fragilité de l’humain.

«En faisant ces portraits j’ai juste voulu observer les regards de ceux qui ont vu l’inoubliable», raconte Suzanne Opton.

Cette photo est un moyen très fort de montrer que les yeux sont le reflet de l’âme, explique Klaus Scherer, directeur du Pôle National de Recherches en Sciences Affectives à l’Université de Genève, en désignant la photo de Bruno, après que celui-ci eut passé 35 jours en Irak.

«Il y a ce visage au regard désespéré, résigné. Les muscles de son visage et de sa bouche sont tendus, on a l’impression qu’il revit quelque chose d’horrible.»
Klaus Scherer, qui dirige l’unique centre de recherche au monde dédié à l’étude des émotions et des conséquences sur le comportement humain et la société, est particulièrement impressionné par cette exposition.

«Le sens de chaque photo n’est pas immédiatement accessible, il faut du temps pour entrer dans chacune d’elles. Ce qui signifie qu’on fait beaucoup plus appel à notre propre mémoire émotionnelle, qui entre en résonnance avec ce qu’on voit», ajoute-t-il.

Retrouver une dignité humaine

Le long du couloir, les portraits de Pieter Hugo, intitulés «Albinos», nous confrontent aux gens qui sont, par nature, différents. Encore aujourd’hui, et tout particulièrement en Afrique, les albinos sont considérés comme des porteurs de malchance, ou des individus aux pouvoirs magiques.

Ils sont souvent agressés physiquement et dans certaines contrées africaines, ils ne peuvent vivre que cachés. Les photos de Pieter Hugo tentent donc de changer la perception que nous avons des albinos, et de redonner à ses sujets une dignité humaine qu’on leur a refusée.

«Appartenir à un groupe est très important pour l’être humain. Alors, en être exclu est une émotion indescriptible», commente Klaus Scherer.

Ailleurs, les paysages bosniaques de Christian Schwager ressemblent à un havre de paix. Mais au-delà de sa série de photos «campagnardes», il évoque des évènements atroces: trois charniers ont été découverts ici en 2004.

Dans un monde bombardé par tant d’images numériques montrant tant d’atrocités, la réflexion suscitée par l’approche de Christian Schwager se révèle tout aussi forte que celle d’un photographe de guerre traditionnel.

Impact émotionnel

Gustavo Germano propose des images des victimes indirectes de la dictature militaire en Argentine et du plan de destruction des années 1976 à 1983, qui a mené à la disparition de 30.000 personnes.

En utilisant un album photo vieux de 30 ans, Germano a pris des photos des familles des victimes dans les situations de l’époque, laissant vide l’espace précédemment occupé par la personne disparue. La force émotionnelle qui se dégage de ces simples portraits de famille, mais lacunaires, fait frissonner.

Une photo a un impact plus fort qu’un film, dit Klaus Scherer. «Lorsque nous regardons les informations, notre attention est occupée par la compréhension de l’évènement, tandis qu’une image fixe rafraîchit en permanence notre mémoire émotionnelle».

«L’exposition montre la force unique, subtile et touchante de l’image», ajoute la conservatrice de l’exposition, Nathalie Herschdorfer. «A l’ère de la télévision et d’internet, le travail de ces photographes nous rappelle qu’une image fixe parvient à provoquer émotion et réflexion à propos de la réalité qui nous entoure».

Simon Bradley, Genève, swissinfo.ch
(Traduction de l’anglais: Philippe Varrin)

Le Musée International de la Croix Rouge et du Croissant Rouge raconte l’histoire et le développement de l’institution.

La mission de ce musée est de conserver l’héritage de la Croix Rouge et de promouvoir une certaine vision de la solidarité humaine en décrivant le travail de la première organisation humanitaire mondiale.

Une exposition originale de photographies, de films, de textes et d’objets insolites offre aux visiteurs un regard nouveau sur l’évolution des interventions en cas de conflits ou de catastrophes naturelles.

Le musée accueille aussi des expositions temporaires, comme «Stigmates», qui se terminera le 26 juillet.

Le Musée de l’Elysée à Lausanne est l’un des premiers musées européens uniquement dédié à la photographie.

Il est le premier centre national de recherche au monde dédié à l’étude interdisciplinaire des émotions et de leurs effets sur le comportement humain et la société.

Le Pôle de Recherche National en Sciences affectives (PRN en Sciences Affectives) est financé par la Confédération et administré par le Fonds national suisse.

L’Université de Genève est l’institution d’accueil du Centre, qui est dirigé par trois chercheurs reconnus à l’échelle internationale: le psychologue Klaus Scherer (directeur), le philosophe Kevin Mulligan et le neuropsychologue Martial Van der Linden (directeurs adjoints)

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision