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«Epsteins Nacht», quand les vieux démons resurgissent

«Epsteins Nacht», l’amitié dans la douleur (SP) swissinfo.ch

Avant-première importante à Soleure, avec «Epsteins Nacht», de Urs Egger. Une coproduction germano-suisse qu'on pourra également voir à Berlin.

Si plusieurs documentaires sont présentés en avant-première dans le cadre des Journées de Soleure, ce genre d’événements est plus rare du côté des fictions. Et surtout des fictions d’une certain calibre: réalisateurs et producteurs préfèrent souvent dévoiler leur œuvre dans un cadre plus prestigieux et plus médiatique.

«Epsteins Nacht», du Bernois Urs Egger, sera présenté dans le cadre du Festival de Berlin, en février, Mais la primeur a toutefois été octroyée à Soleure. Et il y avait foule pour la première, à la Reithalle. Dommage qu’on ait oublié que Soleure est un festival de cinéma suisse, et non pas exclusivement suisse allemand: le film était projeté en version originale… non sous-titrée.

L’horreur du hasard

Berlin,1985. Deux amis juifs, Jochen Epstein (Mario Adorf) et Adam Rose (Bruno Ganz) accompagnent sans grand plaisir une petite fille catholique à la messe de Noël. L’horreur va alors s’ajouter à la contrariété: en la personne du curé (Günther Lamprecht), ils reconnaissent soudain l’un des tortionnaires qu’ils avaient côtoyés dans le camp de concentration où ils avaient été internés. Stupéfaction, douleur. Et fuite.

Viendra inévitablement le moment de la confrontation entre le SS reconverti en prêtre, Epstein, Rose et un troisième ami (Otto Tausig). La rencontre sera intense et violente, bien sûr. Et aura également pour conséquence de faire remonter de terribles secrets qui ébranleront l’amitié qui unit Epstein et Rose.

En dire plus déflorerait le sujet. Signalons seulement que dans la mémoire d’Epstein et de Rose flotte le souvenir de la petite Hanna, qui réapparaîtra dans le parcours d’Epstein sous les traits d’Annie Girardot.

Cruel mélo

«Epsteins Nacht» est un mélo, parcouru de grands sentiments – l’amour éternel, la force de l’amitié. C’est un film fait de douleur, de nostalgie, et du terrible sentiment de gâchis que tout récit lié à l’imbécillité humaine suscite. Un film où des blessures pas même cicatrisées sont violemment et cruellement réouvertes.

Mais un mélo plutôt réussi. Notamment de par le jeu bourru de Mario Adorf, ou celui, étonnement sobre, d’Annie Girardot. Et de par le talent de Bruno Ganz, évidemment, qui compose un Adam Rose brisé par le traumatisme de ce qu’il a vécu. Un Adam Rose, qui, face à l’ancien tortionnaire qu’il veut abattre, se retrouve soudain terrorisé et soumis, presque respectueux. Le malaise nous saisit.

Fort également le lieu-même de la confrontation: une église, puisque c’est dans le costume d’un «homme de Dieu» que l’ancien S.S. s’est désormais coulé. Fort, choquant peut-être. En même temps, c’est peut-être l’occasion de se souvenir que la boucle du ceinturon porté par les soldats de la Wehrmacht était ornée de trois mots: «Gott mit uns».
Bernard Léchot

« Epsteins Nacht», deuxième projection samedi soir au «Landhaus» (20h30) en présence d’une délégation représentant le film

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