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Expo.02: Y-Z… et A!

Y comme Yverdon, et son nuage artificiel Keystone

L'abécédaire d'Expo.02: Y comme Yverdon, Z comme zygomatiques et A comme après. Fin de notre série marathon avec Nelly Wenger, Frédéric Hohl, Daniel Rossellat.

Y comme Yverdon-Les-Bains

Et le retour de notre question traditionnelle: le cliché qu’ils en avaient avant, l’image qu’ils en ont maintenant? «Il y a 20 ou 30 ans, c’était une ville qui était assez dépréciée, austère. Elle a fait beaucoup de progrès en tout cas en termes d’urbanisme. Elle est également devenue un lieu de promenade, de visite», répond Nelly Wenger, qui insiste par ailleurs sur la notion de rupture qu’implique l’arteplage yverdonnois. A ce propos, elle pense qu’avec Expo.02, la cité vaudoise joue réellement son futur: «soit Yverdon redeviendra définitivement une petite ville un peu provinciale, soit elle se projettera complètement dans l’avenir».

Yverdon-les-Bains, pour Frédéric Hohl, c’était «une ville où il y a des nuages 365 jours par année. Et aujourd’hui, c’est le contraire: on donne plutôt l’image d’un endroit où il fait beau, puisqu’on doit y créer un nuage! Un endroit où il fait bon vivre et bon se rencontrer. L’exact opposé de ce que j’imaginais, donc c’est bien».

Daniel Rossellat, né à Yverdon, n’a pas gardé une affection particulière pour le lieu. «C’est une ville bizarre, qui tourne le dos au lac. Peut-être que l’expo et l’arteplage vont apporter des idées d’aménagement. Là aussi on peut regretter qu’on n’ait pas profité de l’occasion pour réaliser un aménagement durable.»

«Moi et l’univers»

C’est la thématique associée à l’arteplage d’Yverdon. «Le thème le plus novateur, selon Nelly Wenger, puisque cela touche au sujet, au soi. On pourra s’intéresser à soi-même, ce qui est rare. Cela pose toute la question de la relation à l’autre et au monde.» Frédéric Hohl va dans la même direction: «Quelle est ma place dans l’univers? Donc à Yverdon, est-ce que ma place est là, dans cet environnement de rencontre?»

«Un thème idéal, dit Daniel Rossellat. Qui suis-je? Où suis-je? Où vais-je? Sur le plan culturel, ce sont les questions fondamentales de tous les artistes. Sans compter que beaucoup d’artistes sont un mélange d’égocentrisme, d’interrogations et de doutes.»

Z comme Zygomatiques

Le travail de ces muscles bien précis a-t-il été prévu dans le cadre d’expo.02? «Oui», répondent en chœur Frédéric Hohl et Daniel Rossellat. «Il faut rire du matin au soir, pendant la préparation de l’expo et pendant l’expo, sinon ça n’a aucun sens, dit le premier. Il faut absolument garder le sens de l’humour, peu importe la situation, et ne pas oublier de le projeter pour les futurs visiteurs.»

Daniel Rossellat précise toutefois que «l’humour est quelque chose de très particulier à chaque région linguistique, et qu’il y a peu d’occasions de faire rire les Suisses avec le même humour. Il constate dans la foulée qu’Expo.02 elle-même «fournit une matière considérable pour imaginer des spectacles satiriques. Ce sera une bonne occasion de rire de ce projet, et d’exorciser un peu tout ce qui s’est passé autour».

«Non!» dit, quant à elle, Nelly Wenger. Ah bon? «Ce qui caractérise aussi bien le rire que la fête ou le rassemblement, c’est que ce sont des mécanismes non planifiables. Bien sûr, il y aura des spectacles d’humour, du théâtre, de la musique, tout est fait pour inciter le visiteur à laisser tomber les barrières, mais le résultat dépend de l’état d’esprit, de la manière dont les gens viendront. J’ai trop vu d’événements dans lesquels tout était organisé et planifié, et où il manquait au fond l’essentiel: la participation du visiteur lui-même.»

A comme «Après»

Et la boucle se boucle: dans notre abécédaire, après «Z» il y a «A», c’est comme ça! A comme après… Que feront-ils le 21 octobre 2002, lendemain de la clôture d’Expo.02, et les jours qui suivront? «Le 21, j’aurai envie de faire une grasse matinée, ça c’est clair, répond Frédéric Hohl. Ensuite, il faudra réaliser les tâches de démontage et d’archivage au plus vite. Au plus vite, parce qu’il faudra garder l’énergie qu’il nous restera. Il ne faudra pas traîner.»

«D’abord j’ai envie de vivre intensément l’expo, parce que je me réjouis de voir exister les projets sur lesquels on travaille. Même si parfois je peux être un peu las de certains soucis. Le 21, ce sera plutôt un moment de déprime, comme il y a toujours après des événements de ce type», constate Daniel Rossellat.

Lequel précise que sa participation ne s’arrêtera pas à cette date-là, mais en été 2003, soit au total un engagement d’environ cinq ans. Et là, il reconnaît qu’il aura besoin d’un bon break: «mais je ne veux pas me retirer dans un monastère, dit-il. J’ai assez envie de faire quelque chose d’actif, pour perfectionner une langue, un cours dans un domaine en anglais, par exemple un cours d’œnologie.»

«Le 21 octobre 2002, je vais dormir un peu, dit Nelly Wenger en souriant. Mais je n’ai aucune idée de ce que je ferai après. Actuellement, d’ailleurs, on est en train de travailler sur la liquidation de l’expo. Ce qui pose d’ailleurs quelques problèmes: je travaille en parallèle sur l’ouverture de l’expo et sur sa liquidation, sans être schizophrène du tout! Pour l’instant, je suis beaucoup trop enfermée dans ma bulle ‘expo’ pour avoir la moindre envie de réfléchir à l’après-expo. Pour moi, c’est complètement ouvert, et j’aime beaucoup cette idée que cela reste ouvert encore longtemps.»

Effectivement, le 21 octobre est encore loin. D’ici-là, on espère sincèrement que les visiteurs se seront déplacés en nombre. Et qu’ils auront trouvé à Neuchâtel, à Yverdon, à Bienne et à Morat, l’occasion de se gorger d’images, d’émotions, de mélodies et de surprises. Et qu’Expo.02 sera parvenue à gagner son pari le plus difficile: participer à la construction – les pessimistes diraient à la reconstruction – d’une identité nationale toujours en chantier, une identité nécessairement complexe au vu du contexte socio-politique helvétique. Et dans notre esprit, identité nationale n’est synonyme ni de nationalisme, ni d’isolement.

Bernard Léchot

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