Grâce à Bâle, la Suisse prend de la hauteur
Les Bâlois construisent un bâtiment de 105 mètres de haut. Le plus élevé du pays. Une occasion pour les Suisses de prendre peut-être de la hauteur.
Les gratte-ciel y sont loin de tutoyer les nuages: les bâtiments de plus de 60 mètres sont rares.
On la voit déjà de loin: la tour en chantier surplombe actuellement le sol de quelque 70 mètres. Au rythme d’un étage par semaine, les ouvriers auront posé le sommet mi-octobre.
A 105 mètres, ce sommet a valeur de record. Puisque, depuis 1966, le plus haut bâtiment de Suisse est, avec ses 92 mètres, la tour Sulzer à Winterthour.
«Nous ne cherchions pas à battre le record, explique l’architecte Meinrad Morger, qui, avec son collègue Heinrich Degelo et l’architecte lucernois Daniele Marques a conçu le réaménagement du site pour la Foire de Bâle.»
Est-ce par modestie?
«Initialement, disent-ils, notre tour avait 90 mètres de haut. En évoluant, le projet a grandi car on pouvait gagner un étage.»
Un gain de hauteur qui n’a que très rarement séduit les constructeurs de ce pays. Est-ce par modestie?
«C’est plus par peur du gigantisme que par modestie», répond Bruno Marchand, de l’Institut d’architecture et de la ville à l’EPFL. Le seul engouement, modéré, pour les tours a eu lieu après-guerre.
Puis, le mouvement a été freiné dans les années 70, avec la parution de nombreuses études sociologiques dénonçant l’anonymat des tours. A partir du quatrième étage, disait-on, une femme ne peut plus appeler son enfant par la fenêtre. Cela a beaucoup marqué les architectes.»
«L’émergence des mouvements écologiques, avec la revendication d’une utilisation économe de l’énergie, a aussi plaidé contre les gratte-ciel», rappelle Meinrad Morger.
La cheffe du service d’urbanisme de la Ville de Genève, Marie-José Wiedmer-Dozio voit de son côté une analogie avec la tradition politique du compromis: «La tour est un symbole d’extrême. Or la Suisse n’est pas un pays d’audace.»
Nouveaux repères visuels
Les choses pourraient changer. Non seulement parce que les villes sont à la recherche de nouveaux repères visuels, mais aussi parce que le sol se fait rare.
Morger et Degelo briguent la construction d’une nouvelle tour, de 70 mètres, à Bâle toujours. Zurich a annulé l’interdiction partielle de gratte-ciel qu’elle avait instaurée en 1984.
Plus spectaculaire: la commune de Chavannes-près-Renens (VD) propose une tour de 140 mètres. Le projet est cependant bloqué par un recours.
swissinfo/Ariane Gigon Bormann
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