La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

«Jackson était innovant, rafraîchissant et fascinant»

Keystone

Alors que ses fans lui disent adieu à Los Angeles, une biographie en allemand de Michael Jackson s'apprête à sortir de presse. Son auteur, le journaliste suisse Hanspeter Künzler, a dû remanier dans l'urgence son manuscrit après la mort inattendue de la star. Interview.

C’est ce mardi que Michael Jackson rejoint sa dernière demeure, au Forest Lawn Cemetery, dans le quartier de Hollywood Hills à Los Angeles. Si l’inhumation a lieu dans la plus stricte intimité de la famille, la cérémonie publique qui suivra – en présence des proches, des VIPs et de 8750 invités tirés au sort – sera retransmise par les télévisions du monde entier.

Nul doute qu’Hanspeter Künzler y jettera un coup d’œil. swissinfo.ch s’est entretenu il y a quelques jours avec le dernier en date des (rares) biographes du «roi de la pop».

swissinfo.ch: Où et comment avez-vous appris la mort de Michael Jackson ?

Hanspeter Künzler: Je m’en souviens très bien. Je me trouvais dans un bar à Zurich, il était minuit et demie. Un jeune homme est passé à côté de moi. Il portait un t-shirt blanc sur lequel il avait inscrit quelque chose avec un stylo. En m’approchant de lui j’ai lu: «Michael Jackson est mort». J’étais totalement choqué.

Ensuite, les gens se sont rués sur leur téléphone portable et d’autres appareils pour vérifier la nouvelle. Peu après, l’annonce de sa mort était confirmée.

swissinfo.ch: Et comment avez-vous réagi ?

H.K.: J’était en état de choc. Cette même nuit, je n’ai pas fermé l’œil. Jamais la mort d’une star de la pop ne m’avait tant bouleversé.

Puis, je me suis dit qu’en quelque sorte, ce n’était pas si surprenant que cela. Pas mal de gens se demandaient si son état de santé – que l’on disait si fragile – lui permettrait d’affronter ces fameux 50 concerts annoncés.

Pour ma part, je l’avais vu en mars dernier, lors de sa conférence de presse annonçant son prochain show. Il semblait plutôt en forme. Et je pensais qu’il devait bien savoir si une telle tournée était à sa portée ou non. Mais apparemment, il n’en a pas été ainsi.

swissinfo.ch: Votre livre sur Michael Jackson était parti pour l’imprimerie deux jours à peine avant son décès. Il a donc fallu arrêter les rotatives et remanier le manuscrit en un temps record. Dans le fonds, sa mort est presque une «aubaine», non ?

H.K.: Je ne peux évidement pas le nier. Mais ce n’était pas prévu ainsi et il n’y a aucun cynisme derrière tout ça.

Mais c’est vrai, on pouvait effectivement interrompre l’impression de l’ouvrage. Le week-end dernier, j’ai modifié plusieurs passages au début et rajouté un chapitre final. Maintenant, les imprimeurs et les relieurs travaillent d’arrache-pied, sans interruption, pour la sortie prévue le 7 juillet.

swissinfo.ch: Vous n’avez jamais rencontré Michael Jackson personnellement. Comment l’idée de lui consacrer un livre vous est-elle venue ?

H.K.: Ma relation avec Jackson remonte à mon départ pour Londres, en 1978. C’était alors le grand avènement de la disco; une musique entièrement nouvelle pour moi. En Suisse, nous en étions encore au punk et au reggae.

A Londres, je travaillais dans une école multiraciale. Un tiers des élèves était jamaïcain, un tiers indien et un tiers d’ailleurs. Et tous étaient fans de funk, et notamment des Jacksons.

Puis, Michael a sorti son album solo Off The Wall. Et c’est ainsi que je suis entré dans le monde de l’artiste. Ce funk américain était neuf, rafraichissant et totalement fascinant. Et depuis, je n’ai jamais cessé de suivre les développements de ce genre musical.

swissinfo.ch: Pourquoi devrait-on lire votre livre ? Qu’offre-t-il que les autres biographies n’ont pas ?

H.K.: Ce qui me manque dans les autres, c’est le contexte social et politique dans lequel se situent la famille Jackson et sa musique. Je me suis appliqué à poser un cadre politique en lien avec le racisme ambiant, au cours des années 60 et 70, cette période qui a vu les Jackson grandir et devenir célèbres.

J’ai aussi essayé d’intégrer la musique et l’histoire de la musique dans mon récit. La musique afro-américaine est très liées aux courants qui militaient pour les droits civiques. C’est cet angle-là qui fait défaut, selon moi, dans les autres ouvrages.

De plus, bien que l’on ait émis de multiples hypothèses sur la sexualité de Michael Jackson, on a omis d’approfondir le rôle et l’importance de la sexualité de l’Amérique noire en général à cette époque.

swissinfo.ch: Personnellement, quels sont les aspects qui vous fascinent le plus chez Michael Jackson ? Etes-vous un fan ?

H.K.: Evidemment, je le trouve formidable. Je ne suis pas un fanatique, mais un admirateur. Et ce qui me fascine le plus en lui c’est sa musique et sa manière de danser.

Mais j’ai aussi pas mal de réserves. Ainsi, le fait qu’un personnage qui a grandi dans les années 60 et 70 puisse à ce point ne s’intéresser qu’à son univers musical, sans témoigner la moindre curiosité pour d’autres choses, reste pour moi un mystère.

C’est aussi une figure tragique, et de ce point de vue intéressante, si l’on considère que sa carrière vise à la fois des buts totalement matérialistes et des valeurs élevées. Un paradoxe que je trouve typique de la fin du 20e siècle.

swissinfo.ch: Qui, à vos yeux, était Michael Jackson ?

H.K.: Il avait deux visages. C’est lui qui a véritablement thématisé l’échappatoire. Il pensait que la musique et la danse lui permettaient de se libérer des entraves de la réalité et de devenir un homme au sens noble.

A l’inverse, il était extrêmement matérialiste. Il voulait devenir riche, plus riche que n’importe quelle autre star de la pop, comme l’avait relevé son manager. Ce sont ces deux éléments, incompatibles, qui ont entraîné sa perte.

swissinfo.ch: Que reste-t-il de Michael Jackson le musicien ?

H.K.: Beaucoup de choses. Son art naturellement, sa recherche d’une musique pour tous, qui transcende les couleurs et les genres, son envie d’une musique qui unisse. C’était aussi un visionnaire de la vidéo. Ses clips scénarisés complétaient réellement les chansons.

Et puis naturellement, son extraordinaire talent de danseur. C’était sans doute l’un des plus grands danseurs de l’histoire de la pop. C’est de ces choses-là que se souviendront ses fans.

Christian Raaflaub, swissinfo.ch
(Traduction de l’allemand: Nicole Della Pietra)

Journaliste suisse, spécialiste de la musique, il vit depuis plus de 30 ans à Londres.

Son livre Michael Jackson: Black or White – Die ganze Geschichte, est annoncé pour le 15 juillet (en allemand pour commencer) aux éditions austro-allemandes Hannibal-Verlag, spécialisées dans la littérature musicale.

Hanspeter Künzler collabore régulièrement avec plusieurs médias, notamment de la presse écrite helvétique ainsi qu’avec la radio suisse alémanique DRS.

29 août 1958: Naissance de Michael Joseph Jackson, à Gary dans l’Indiana (Etats-Unis), septième d’une famille de neuf enfants.

1963: Après des années de répétitions, The Jackson Five se produisent pour la première fois en public.

1970: Premier album, Diana Ross Presents The Jackson 5.

1972: Sortie du premier disque solo de Michael Got to be there.

1979: L’album Off The Wall lui vaut d’être le premier artiste en solo à voir quatre titres d’un même disque au sommet du Top Ten.

1982: Thriller rafle huit Grammys et devient du même coup l’album le plus vendu de tous les temps (entre 55 et 104 millions selon les estimations).

1987: Bad place cinq titres en tête des hit-parades et se vend à 22 millions d’exemplaires.

1995: Blood on the Danck Floor: HIStory in the Mix déçoit. Les ventes stagnent en dessous du million de copies.

2005: La justice américaine blanchit Michael Jackson des accusations d’abus sexuels sur mineurs qui pèsent sur lui.

2006: Aux prises avec de graves déboires financiers, le chanteur ferme son ranch californien de Neverland et congédie la plupart de ses employés.

5 mars 2009: Après huit ans d’absence, Michal Jackson annonce son comeback. Son retour sur scène devait débuter par un concert en juillet à Londres.

25 juin 2009: Michael Jackson décède à Los Angeles.

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision