Kaspar Villiger espère que 2002 sera moins noire que 2001
Kaspar Villiger est le nouveau président de la Confédération. L'adhésion à l'ONU et Expo.02 sont ses priorités pour 2002: Interview.
swissinfo: L’année 2001 a été riche en événements imprévus et tragiques. Quels enseignements le nouveau président de la Confédération en tire-t-il pour aborder 2002?
Kaspar Villiger: Nous avons vu que ce qui se passe dans le monde se répercute aussi dans la petite Suisse. Les dramatiques événements de New York ont eu de terribles conséquences sur l’emploi et sur les marchés financiers. Ils ont probablement donné le coup de grâce à Swissair.
Ces attentats nous ont aussi fait comprendre que la lutte contre le terrorisme doit avoir une dimension mondiale. Nous ne pouvons pas rester indifférents à ce qui se passe dans le monde. Nous ne sommes pas une île. Nous devons nous impliquer et contribuer à trouver des solutions aux problèmes globaux qui se posent dans la mesure de nos moyens.
Je comprends que des drames comme la tuerie de Zoug, l’incendie du tunnel du Gothard ou encore le crash de Crossair aient pu secouer les gens. Je voudrais cependant rappeler que, malgré cette grande insécurité, la situation de la Suisse reste privilégiée. J’en appelle à tous pour affronter les problèmes avec courage et confiance.
Lors de votre première présidence, en 1995, la Suisse avait déjà connu des moments difficiles avec la crise économique et les fonds juifs en déshérence. Peut-on tirer des parallèles entre la situation d’alors et celle d’aujourd’hui?
K.V: Je ne crois pas. A l’époque, l’économie suisse n’était pas structurellement prête à affronter les défis de la globalisation. Les négociations bilatérales avec l’Union européenne n’avaient pas encore abouti et l’on ne savait pas encore si elles déboucheraient sur une issue favorable.
Mais nous avons retroussé nos manches et nous avons réussi à résoudre ces problèmes. De mon côté, comme grand argentier, je devais assainir les finances de la Confédération. Mais il fallait aussi restructurer certaines entreprises, revoir la politique agricole et libéraliser les télécommunications.
Je suis convaincu que nous nous retrouvons maintenant dans une meilleure position qu’à l’époque. Certes, les deux situations sont différentes. Mais l’enseignement reste le même: nous faisons face aux problèmes.
Quelles sont vos priorités pour cette année présidentielle?
K.V.: Conformément à la tradition, en Suisse, le président n’est que le «primus inter pares». Je chercherai donc à privilégier la collégialité avec les autres membres du Conseil fédéral. Je représenterai le pays et je recevrai des hôtes étrangers. Moi-même, je me rendrai à l’étranger.
En Suisse même, je rechercherai le dialogue avec les citoyens. Je leur expliquerai la politique du gouvernement, mais je les écouterai également. Pour être plus concret, je vous citerai mes deux priorités: le vote pour l’adhésion de la Suisse à l’ONU et l’exposition nationale.
Comment expliquerez-vous à vos homologues étrangers un éventuel refus d’une adhésion à l’ONU?
K.V.: J’espère que je n’aurai pas à le faire. Je souhaite réussir à convaincre les citoyens de voter sans hésitation en faveur de l’ONU. Aujourd’hui, un peuple ne peut plus résoudre seul les problèmes qui le touchent.
L’ONU est peut-être l’unique organisation qui s’occupe sur une échelle globale de sujets aussi graves que la pauvreté, l’environnement ou encore la promotion de la paix. Participer à l’ONU est dans notre intérêt. Nous devons pouvoir apporter notre contribution et nos connaissances à cette organisation.
La Cinquième Suisse pourrait-elle fournir une contribution?
K.V.: Je crois que la Cinquième Suisse est particulièrement sensible à l’implication de notre pays à l’étranger. J’espère vraiment que les Suisses de l’étranger participeront au vote, même si cette procédure est parfois fastidieuse.
Je rappelle que nous sommes en train de mettre sur pied le vote électronique. Nous pourrons proposer cette nouvelle forme de participation lorsque tous les problèmes de sécurité seront résolus. Cependant, je doute que l’e-voting sera déjà opérationnel le 3 mars 2002.
A propos d’Expo.02, quel rôle peut jouer pour la cohésion nationale une manifestation pour laquelle personne ne réussit à s’enthousiasmer?
K.V.: Vous savez, nous avons déjà vécu une situation du même genre en 1964. Ce n’est qu’après l’ouverture que l’enthousiasme s’est manifesté.
L’Expo se limite à mettre à disposition un cadre, une structure et des activités. Nous aurons un lieu de rencontre pour nos cultures, pour l’Histoire et pour le futur. Les gens viendront de tout le pays et je suis convaincu qu’une bonne dynamique va se développer.
Expo.02 sera un point de rencontre entre les quatre langues nationales. Notre pays peut-il se permettre l’introduction précoce de l’anglais à l’école?
K.V.: L’anglais est important pour la carrière professionnelle. Je ne suis pas un spécialiste, mais je constate que plus l’apprentissage commence tôt, plus les chances de réussite sont élevées.
Je pense que nous devons vraiment mettre l’accent sur les langues nationales. En effet, si nous voulons vivre avec nos différentes cultures, nous devons comprendre ces cultures et, par conséquent, parler la langue correspondante.
Je suis d’avis que nous pouvons exiger l’enseignement précoce d’une langue nationale et de l’anglais. Quand j’étais jeune, je n’aimais pas apprendre les langues. Mais, aujourd’hui, je suis bien content que mon père m’ait obligé à apprendre également l’italien, après le français et l’anglais.
Concernant l’Europe, on voit que la Suisse est mise sous pression à cause du secret bancaire. Pensez-vous que ce secret représente un dogme intangible?
K.V.: Même si le gouvernement voulait supprimer le secret bancaire, il ne le pourrait pas. Le peuple ne serait en effet pas d’accord, tant ce secret est ancré dans nos traditions de discrétion.
Au cours des 20 dernières années, et plus particulièrement depuis 5-6 ans, nous avons complété le cadre législatif relatif au secret bancaire. Il y a eu des améliorations par rapport à l’assistance judiciaire, à la loi sur le blanchiment d’argent sale, et au contrôle de l’argent des dictateurs.
Aujourd’hui, le secret bancaire ne protège pas les activités criminelles. Ces derniers temps, nous avons fait davantage que les autres pays. Dans la situation actuelle, le secret bancaire est tout à fait défendable. D’ailleurs, une place financière aussi importante que la nôtre est tenue de respecter des règles morales et éthiques si elle veut survivre à long terme.
Les finances de la Confédération sont à nouveau dans une situation préoccupante. Votre tâche ressemble un peu au travail de Sisyphe…?
K.V.: Un ministre des finances n’est jamais au bout de sa peine. Si un rocher sur trois reste au sommet de la montagne au lieu de rouler de nouveau vers la vallée, alors je peux être satisfait.
Je crois que les finances de la Confédération se trouvent dans un meilleur état qu’il y a quelques années, grâce à la conjoncture ainsi qu’au programme de stabilisation de la dette et des dépenses.
Le problème vient du fait qu’à peine la situation financière s’améliore que déjà il faut faire face à des sollicitations. Il n’est bien sûr pas possible de les satisfaire toutes. Nous devons apprendre que les finances doivent être consolidées et éviter de répéter les erreurs faites il y a dix ans.
Durant cette année présidentielle, vous allez participer à des dizaines d’événements officiels. Pour lesquels vous réjouissez-vous le plus?
K.V.: En général, ces activités me plaisent, car elles font partie intégrante de la vie d’un politicien. Mais je me réjouis tout spécialement de l’inauguration d’Expo.02 et des contacts que j’aurai avec les ministres d’autres pays.
L’année présidentielle est un moment gratifiant. Mais il invite aussi à la modestie, du fait qu’il ne dure qu’un an.
Cela dit, cette année présidentielle peut aussi être une année difficile. Mon prédécesseur, Moritz Leuenberger en a fait l’expérience. Je peux seulement souhaiter que des drames tels que ceux que nous venons de vivre nous soient épargnés en 2002.
Propos recueillis par Peter Salvisberg et Mariano Masserini
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