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L’Amour dans l’art … et l’art de ne rien cacher

Estampe de Sugimura Jihei, Japon, vers 1685. Musée Rietberg

Le Musée Rietberg de Zurich expose l'Amour. Erotisme, exaltation poétique, rituels religieux: tous les sentiments liés à la passion sont représentés.

Certaines oeuvres sont plus que suggestives: l’expo est déconseillée aux moins de 16 ans.

C’est une première: jamais un musée n’avait consacré une exposition aux représentations de l’amour à travers les siècles et les continents.

Ce défi, c’est le Musée Rietberg à Zurich, dédié aux arts extra-européens, qui l’a relevé dans une exposition intitulée «L’Art de l’Amour, joies et peines de l’amour dans l’art mondial», ouverte début décembre.

A la caisse, le panneau avertissant les visiteurs du caractère explicite de certaines œuvres exposées est peut-être aussi une première. On a en tout cas rarement vu une exposition, dans un «vrai» musée, pratiquement interdite aux moins de 16 ans.

Il est vrai que, des faïences grecques aux estampes japonaises, en passant par des bois laqués d’Iran, l’acte sexuel est souvent montré dans tous ses détails.

Le spectateur se retrouve en position de voyeur, à l’instar de nombreux personnages dans les tableaux eux-mêmes. L’exposition offre ainsi un utile miroir aux interrogations contemporaines: comment et jusqu’où montrer? Comment regarder?

Pas de scandale

Personne ne s’est plaint ni n’a crié au scandale jusqu’ici, indique Katharina Epprecht, responsable du musée pour l’art japonais et porte-parole.

«Nous avions un peu peur, admet-elle. Le premier regard peut surprendre, mais les oeuvres choisies sont toutes de très grande qualité. Chacune d’entre elle peut susciter la réflexion.»

Dans le catalogue, le musée rappelle aussi la phrase du philosophe Herbert Marcuse: «Recouvert par la patine du temps, l’obscène est toléré.» Plus loin, il invite encore ses visiteurs à ne pas s’arrêter au caractère sexuel des œuvres, mais à se poser la question du destin des femmes et des hommes représentés.

L’acte sexuel n’est d’ailleurs pas le seul aspect exposé. Dans toutes les cultures et toutes les époques, la représentation des divers sentiments amoureux – désir, espoir, solitude, mais aussi violence, jalousie – trouve sa place.

Le parcours permet aussi de comprendre les différents rôles attribués à la sexualité au cours des âges et des civilisations, davantage axée sur la fécondité ici, liée à un rituel là, ou encore symbole de rang social.

Thème universel

Quant à l’idée d’explorer la représentation de l’Amour, le Musée s’est décidé après avoir déjà réalisé une exposition sur un thème comparé dans plusieurs civilisations. «Et c’est un thème universel, qui évoque quelque chose à tout le monde», ajoute la porte-parole.

Divisé en trente-deux étapes, le parcours commence dans la Grèce et la Rome antique et parcourt ensuite tous les continents, à l’exception de l’Australie. Quelque 230 œuvres, tableaux, sculptures, objets ou encore manuscrit, sont exposées.

On passe des objets encore très mystérieux du Pérou précolombien, aux masques du Mali, puis aux estampes japonaises, miniatures perses, en passant par les illustrations chinoises et les poèmes indiens.

Deux autres volets

«L’art d’aimer» comprend encore deux autres volets: des représentations de Krishna, «l’amant divin de la peinture indienne», sont exposées à la Park-Villa Rieter, à 200 mètres du musée Rietberg.

La troisième partie, consacrée à des gravures et dessins du rococo au symbolisme, se trouve à un tout autre endroit de la ville, à la «Haus zum Kiel» près du Kunsthaus.

Avec la Grèce et la Rome antique, ce troisième volet est donc le seul représentant européen de la thématique. La peinture profane du Moyen Age n’est, par exemple, pas exposée.

Pas d’exotisme

«Il n’était pas facile de trouver un fil rouge dans un si vaste thème, explique Katharina Epprecht. Le musée Rietberg étant consacré aux arts extra-européens, l’Occident n’était de toute façon pas notre priorité.»

«Nous n’avons néanmoins pas voulu faire complètement l’impasse sur l’Europe. Nous ne voulons pas donner l’impression que l’érotisme est quelque chose d’exotique et nous montrons qu’il est aussi ancré dans notre culture.»

Le Kamasutra? Dans le catalogue

Pour ceux qui rechercheront des représentations du Kamasutra, le catalogue de l’exposition rappelle que ce texte, écrit il y a plus de 1700 ans, est conçu comme un «Art de vivre» et non un «Art d’aimer».

Le Kamasutra n’a en outre jamais eu, en Inde, l’importance que nous lui attribuons en Occident. De plus, il n’a fait l’objet d’aucune illustration d’importance pour l’histoire de l’art.

Le Musée Rietberg y consacre néanmoins un chapitre du catalogue, de même qu’à l’Art d’aimer d’Ovide et à un vieux texte chinois découvert en 1972 et traduit pour la première fois en allemand.

swissinfo/Ariane Gigon Bormann



«Liebeskunst», «L’Art de l’amour», jusqu’au 27 avril 2003.

Musée Rieberg, Gablerstrasse 15, 8002 Zurich, Tél. 01 206 31 31. Fax 01 206 31 32. Infoline 01 206 31 00.

Y aller: Tram 7 (depuis la gare, direction Wollishofen), jusqu’à l’arrêt «Museum Rietberg».

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