«L’Ecole des femmes», vers un peu plus de lubricité
A Neuchâtel, le Théâtre du Passage accueille le grand classique de Molière dans la mise en scène du Français Jacques Lassalle.
Quelle histoire d’aujourd’hui peut-on raconter avec un grand classique comme «L’Ecole des femmes»? Le cheminement de son héros Arnolphe, vieil homme obsessionnel et malheureux, odieux et poignant, monstrueux et humain, trouve sa traduction scénique dans la version que Jacques Lassalle donne de ce chef-d’œuvre de Molière, au Théâtre du Passage, à Neuchâtel.
Le metteur en scène indique dans une note d’intention: «Monter ‘L’Ecole des femmes’, c’était à mes yeux l’occasion (…) d’accompagner en Arnolphe celui (…) qui, avec Alceste et sans doute Scapin, ‘traduit’ le mieux l’homme Molière».
Molière a donc 40 ans quand il joue le rôle d’Arnolphe, cet excentrique qui veut épouser, contre toute raison, Agnès, bien plus jeune que lui, amoureuse d’Horace. Nous sommes alors en 1662, et l’auteur du «Misanthrope» vient de se marier avec Armande Béjart, comédienne de vingt ans sa cadette.
Les ragots vont bon train et les détracteurs de Molière prennent un malin plaisir à lire ses œuvres comme des pièces à clés où interfèrent sa vie privée et celle de ses personnages.
Abus du pouvoir masculin
Mais l’écrivain s’en fiche. Mieux, il pousse le génie jusqu’à faire rire de lui-même en allant toujours plus loin, à la faveur d’un monde à l’envers vidé de toute logique.
Quelques siècles plus tard, Louis Jouvet, grand acteur devant l’Eternel, se met sur les pas de Molière. Lui aussi est amoureux d’une comédienne, Madelaine Ozeray, de 23 ans sa cadette. Il lui confie le rôle d’Agnès et s’attribue celui d’Arnolphe, dans une version mémorable de «L’Ecole des femmes» donnée, en 1936, à L’Athénée-Théâtre Louis Jouvet (Paris).
C’est dans ce même lieu que Jacques Lassalle a créé en septembre dernier cette même pièce de Molière. On peut y voir, donc, l’histoire goguenarde d’une filiation ou un hommage aux grands artistes français. On peut y déchiffrer aussi une critique des abus du pouvoir masculin. Lequel s’accommode très bien des nouvelles formes de la sociabilité.
A Neuchâtel, c’est Olivier Perrier qui interprète Arnolphe. Quant à Agnès, elle est jouée par Caroline Piette. Ne voir dans cette distribution aucune interférence avec la vie privée de ces deux comédiens.
Ghania Adamo
«L’Ecole des femmes», à Neuchâtel, Théâtre du Passage. Du 31 janvier au 2 février. Tel: 032/717 79 07
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