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«L’Enfer» de Dante calmé par «Le Petit Poucet»

'Inferno', Un spectacle sombre et dur. SP

Au festival de la Bâtie, Dante côtoie Charles Perrault à travers 2 spectacles montés par Romeo Castellucci. Entre Tourments et conte de fées, le metteur en scène italien, très attendu, place son talent unique et son impitoyable questionnement de l'existence.

«Enfer: il doit garder le caractère d’un monument de la douleur». L’affirmation est sans appel. Elle est signée Romeo Castellucci, metteur en scène italien, 48 ans, frère en folie de son compatriote Dante Alighieri, de quelques siècles son aîné.

Mais les siècles qui séparent les deux hommes ne les empêchent pas de s’entendre. Le plus jeune lance au plus vieux un cri immense qui traverse les âges, contracte l’espace et place «L’Enfer» peuplé de monstres, gorgé de visions étourdissantes, dans notre époque aussi tourmentée que celle du poète.

Spectacle choc

Qu’est-ce qui a changé sur terre depuis Dante? Tout et rien. Tout, parce que depuis les temps médiévaux l’homme a trouvé bien des remèdes à ses maux spirituels. Rien, car malgré ces remèdes que l’on peut appeler trivialement loisirs, l’homme continue à chuter sur ses propres rêves, à les écraser du poids de son corps chargé de frustrations, de doutes, de dépit, de violence …

Voilà pourquoi sans doute Castellucci trouve que «L’Enfer» est un «monument de la douleur». Voilà pourquoi aussi sa mise en scène s’ouvre avec cette vision dantesque: des chiens, des vrais, se ruent sur le metteur en scène, acteur dans on propre spectacle, ici vêtu d’une camisole spéciale pour se protéger des animaux qui l’assaillent.

Cette 1ère scène est à l’image de la vie, de toutes les vies, nées pour être dévorées. Difficile d’échapper à cette fatalité. Un «Enfer» inévitable qui fit couler beaucoup d’encre en juillet dernier, au festival d’Avignon. Castellucci y créait «La Divine Comédie» («L’Enfer», «Le Purgatoire», «Le Paradis») dont le 1er volet est coproduit par la Bâtie.

Le Festival genevois, qui met donc à son affiche «L’Enfer», se dit très heureux de s’associer à «un événement majeur de la vie culturelle européenne et de soutenir le travail d’une des compagnies les plus innovantes du théâtre contemporain»; entendez la Societas Raffaello Sanzio.

Fondé par Castellucci en 1981, ce collectif d’artistes d’Emilie Romagne remplit les salles, tourne dans le monde entier, enflamme l’imaginaire et fait gronder les âmes sensibles. Car il faut dire que la Societas n’y va pas de main molle.

De l’enfer au conte de fée

Son travail théâtral intense, fort, souvent dérangeant visuellement, secoue un monde, le nôtre, qui dort sur sa brutalité. On a même vu un soir (nous étions dans la salle) une spectatrice s’évanouir devant une scène de Castellucci où un homme se faisait sauvagement tabasser par un policier.

La scène était bien sûr jouée, mais son effet demeurait dévastateur. Pour autant, le metteur en scène italien n’est pas un dur à cuir. Il sait aussi se glisser dans l’univers feutré des contes de fées.

Aussi, la Bâtie l’a-t-elle invité à présenter également «Buchettino» («Le Petit Poucet ») d’après Charles Perrault. Histoire de «suspendre l’existence», comme dit Castellucci, de l’arracher au réel pour la poser sur un lit de rêves.

Cinquante lits superposés attendent sur scène des enfants. Une fois couchés, ces derniers écouteront une narratrice leur raconter «Buchettino». Sa voix réconfortante leur dira que «le mal n’aura pas le dessus cette fois».

swissinfo, Ghania Adamo

Dans le cadre du Festival de la Bâtie, Genève :

«Inferno» («L’Enfer») : du 5 au 7 septembre, au Forum Meyrin.

«Buchettino»: du 5 au 7 septembre, Espace Vélodrome, Plan-les-Ouates.

Après une formation à l’école d’Agriculture de Cesena, il fréquente l’Académie des Beaux-Arts de Bologne où il obtient un diplôme en peinture et scénographie.

En 1981, il fonde avec un collectif d’artistes la Societas Raffaello Sanzio.

Dans son travail, il repense entièrement la notion de tragique et fait du théâtre un art plastique complexe et visionnaire.

Ses créations tournent dans le monde entier.

Parmi les plus remarquées, on citera «L’Orestie» d’Eschyle (qu’on a pu voir à Genève il y a quelques années), «Hamlet», «Jules César» et «Tragedia endogonidia».

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