L’Europe montagnarde
A côté de films tournés sous des climats lointains, le 32e Festival international du film alpin des Diablerets nous raconte notre toit du monde à nous: les Alpes. Sous des angles extrêmement divers.
Comme en témoigne «La Grande Cordée» de Gilles Chappaz, Patrick Berhault a suivi l’arc alpin sur toute sa longueur pour suivre la trace de ses maîtres ès alpinisme, leur rendre une sorte d’hommage. Mais aussi parce que «l’arc alpin, c’est une évidence, il se dessine bien individuellement, c’est une superbe ligne».
Nombre de courts ou moyens métrages présentés aux Diablerets évoquent les Alpes, et surtout, la vie est qui la leur, ou plutôt, la vie qui était la leur et que certains font survivre.
La ronde des petits métiers
Le Suisse Peter Kreilliger a braqué sa caméra sur Giuseps Venzin, un chasseur de cristaux. Armé d’un marteau, d’une barre à mine, et parfois de dynamite – pour provoquer des effondrements et éviter d’être enseveli – il parcourt le Val Medel, dans les Grisons, à la recherche de la fissure magique.
La connaissance qui est la sienne s’est transmise de génération en génération, mais il est le dernier de cette dynastie. A le voir ramper, à un âge avancé, dans des fissures boueuses, on comprend pourquoi.
Son travail est âpre, épuisant, mais il ne s’imagine pas faire autre chose. Sinon, l’hiver venu, rester au coin du feu, puisque selon lui, l’hiver est fait pour ça. Le film s’intitule «El Fuorn – Dis cul cavacristallas»: Giuseps Venzin parle romanche.
Plus contemporain: K-Soul Cherix, un romand coutumier de l’Himalaya comme des Diablerets, a filmé ceux qu’il a joliment baptisés «Les cantonniers de l’impossible». Leur job: faire sauter des troncs d’arbre, des blocs de rocher ou des parois de glacier qui menacent de s’effondrer.
Si vous vous rendez à votre boulot en voiture, en bus ou en scooter, eux ont un autre moyen de locomotion: l’hélicoptère. Ils ne sont pas banalement assis dedans, non: ils y sont suspendus par un filin.
Révolte en altitude
La vie dans des conditions extrêmes se traduit parfois par des rêves en forme de rébellion: ainsi ce paysan autrichien qui, à 1400 mètres d’altitude, dans une zone glaciale, fait pousser citrons, kiwis et cerises. A voir dans «Der Agrar-Rebell», de l’Allemand Bertram Verhaag.
Autre forme de rébellion: celle des personnages déclinés inlassablement par les peintres appenzellois, sous forme de naïves montées à l’alpage. Dans un film clin d’œil signé par Claude Delieutraz, «De la pâture à la peinture en Appenzell», un photographe vaudois amoureux du folklore local se trouve confronté à l’un de ces petits vachers à gilet rouge et culottes jaunes, «sapin de Noël par le haut, toréador par le bas».
A l’heure des camions et des hélicoptères, le petit personnage coincé dans son tableau ne peut faire qu’un constat: à vouloir ainsi figer le passé, «les peintres mentent».
L’internationale musicale
Le goût pour la tradition n’implique pas nécessairement sa ‘muséification’. Dans «Les Alpes en musique», le Français Gilles Perret a suivi Jean-Marc Jacquier, un savoyard jovial, barbu, rondouillard et passionné de musique traditionnelle. Il y a des années que celui-ci s’est mis en quête des vieilles mélodies locales.
Il est allé recueillir moult refrains auprès des anciens de sa région, ceux qui se souvenaient encore de ces chansons qu’on n’écrivait pas, ni n’enregistrait. Ces chansons, il les chante avec son groupe, «La Kinkerne».
Mais il arpente aussi le massif alpin, de sa Savoie natale au Val d’Aoste en passant par le Valais pour y rencontrer des musiciens qui, comme lui, ont trempé leur accordéon ou leur violon dans le terreau local. Et de constater alors que les montagnes, traditionnellement perçues comme «barrières naturelles», ont plutôt servi, culturellement en tout cas, de trait d’union.
Bernard Léchot
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.