La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

L’extraordinaire destin d’une prostituée

Plume et la pianiste Elisabeth Sombart. Magali Koenig

La pianiste classique Elizabeth Sombart sort un livre et un disque sur la vie d'une ancienne péripatéticienne toxicomane surnommée «Plume».

De leur rencontre est née une complicité qui touche à la renaissance, à la grâce.

Non, ce n’est pas une énième et banale histoire de prostituée. Car le destin de Fabienne, surnommée Plume, touche à l’esclavage dans la drogue, à la musique classique et à la rédemption par l’amour.

Dans la nuit du 27 au 28 octobre 2000, dans le quartier du Flon, à Lausanne, la petite péripatéticienne Plume (1m52 pour 34 kg) se fait violemment agresser par un client, vers 5 heures du matin.

La mémoire de son corps

Mais Plume ne se souvient pas vraiment. C’est son corps qui s’est chargé de lui rappeler l’événement. Après dix jours de coma et cinq mois de soins intensifs au CHUV à Lausanne, Plume se retrouve tétraplégique.

«Le client a dû commencer par me donner une immense claque», raconte Fabienne dans son livre «On m’appelle Plume». «Puis il a fracassé ma tête. Il m’a prise par devant, par derrière; il m’a fait la totale».

Rédemption par la musique

Mais, dans son calvaire de paralytique clouée dans une chaise roulante, Plume rencontre la pianiste virtuose Elizabeth Sombart à l’occasion d’un de ses concerts en institution.

«Son regard s’est alors illuminé de sérénité», se rappelle Elizabeth Sombart qui venait de jouer, ce jour-là, la Sonate funèbre en si b mineur Opus 35 et la Berceuse en ré b majeur Opus 57 de Frédéric Chopin.

Ce sont justement ces deux morceaux qui figurent sur le CD «Une plume sur le piano». Un disque qui accompagne le livre «On m’appelle Plume» retraçant la vie cabossée de Fabienne sous la plume d’Elizabeth Sombart.

Ce qui a poussé la musicienne à écrire pour l’ex-prostituée, c’est le moment où cette dernière lui confia, presque paradoxalement: «Je dis merci à mon corps de ne plus bouger. Car mon âme est libérée». «Aujourd’hui, je n’ai plus peur, même pas de mourir».

Elizabeth Sombart est d’autant plus réjouie par la rédemption de Plume que le miracle s’est opéré au travers d’un des buts de sa fondation Résonance à Morges: «porter la musique là où elle ne va pas».

Mieux qu’une psychanalyse

«Ce fut même mieux qu’une psychanalyse pour Plume», déclare Elizabeth Sombart, animée par la foi en Christ. «Je commençai nos rencontres par lui jouer du piano, puis elle me confiait sa trajectoire».

«Quand une personne paralysée à vie vous dit qu’elle est plus heureuse maintenant qu’avant», on entre dans le domaine de la rédemption, d’une béatitude vivante», note la pianiste.

Reste que Plume «a toujours perdu ce à quoi elle tenait le plus». A commencer par sa virginité déflorée par «Tony le connard» (son pseudo beau-père), alors qu’elle n’avait que huit ans.

Le pardon

On peut dès lors comprendre combien il est difficile pour Plume de pardonner à ses bourreaux. Même si c’est là le vœu qu’elle caresse.

«Cela tient de la transcendance», conclut Eleonora Gualandris, co-directrice des éditons de l’Hèbe. Car, «quand une femme n’arrive plus à entendre en elle la personne qui n’est pas sale…», on peut imaginer la profondeur de sa douleur.

swissinfo/Emmanuel Manzi

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision