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L’héritage de Saura est plus vivant que jamais à Genève

Antonio Saura à la Villa Malpensata de Lugano en 1994. Keystone

Mort il y a dix ans l'artiste espagnol Antonio Saura entretenait avec la Suisse une relation particulière. En 2006, la succession Saura créait la Fondation «Archives Antonio Saura» destinée à la conservation de son oeuvre.

De nombreuses œuvres de cet artiste prolifique se trouvent en Suisse, dans des collections aussi bien publiques que privées. Peintre, graveur, sculpteur et illustrateur, Saura s’est distingué par un style indépendant des mouvements et tendances de sa génération.

La succession Saura – sa fille Marina Saura et sa veuve Mercedes Beldarrain – ont créé la Fondation, une entité qu’elles ont voulue indépendante des héritiers, pour assurer la pérennité du travail de divulgation.

L’exécuteur testamentaire de l’artiste, Olivier Weber-Caflisch, président de cette entité déclarée d’utilité publique par le gouvernement suisse, apprécie le choix de Genève comme siège de la Fondation: «Marina vit dans cette ville et Mercedes Beldarrain qui, elle, vit à Paris, y vient régulièrement. Travailler ensemble à Genève est pour nous ce qu’il y a de plus logique», déclare-t-il à swissinfo.

Saura quant à lui a entretenu une étroite relation avec la Suisse et en particulier avec Genève.

«En 1971, il a travaillé une année au Musée d’art et d’histoire, à l’invitation de l’un de ses directeurs, Rainer Michael Mason. Il y est revenu trois ans plus tard et c’est alors qu’il a créé trois importantes séries de gravures», explique Olivier Weber-Caflisch dans son bureau de la Fondation où se trouve un tableau de Saura.

Une collection unique

Ce même musée a réalisé la première grande exposition de l’œuvre graphique de Saura, qui rassemblait l’ensemble des œuvres données par l’artiste à cette institution. Après la mort de l’artiste en 1998, sa succession a complété la collection en cédant au Cabinet des estampes du musée la totalité des gravures de Saura.

«Le Musée d’art et d’histoire est ainsi la seule institution au monde à posséder l’unique collection complète de l’œuvre graphique d’Antonio Saura.» Galeries et musées de toute la Suisse ont accueilli des expositions du peintre espagnol: le Musée Rath à Genève, le Musée Jenisch à Vevey et le Musée d’art moderne à Lugano, entre autres.

L’artiste a également fait don de maquettes, ébauches et autre matériel utilisé au cours de l’élaboration de ses œuvres.

«En 1960, le musée genevois a acheté une de ses toiles de la série «Crucifixions». Des années plus tard, il a acquis une autre peinture appartenant à la même thématique. Parmi les plus importantes toiles de Saura, beaucoup se trouvent en Suisse. En particulier dans des musées et collections privés de Zurich et Genève.»

En 1989, Genève a accueilli au Musée Rath la rétrospective la plus importante jamais réalisée à cette date de l’œuvre picturale de Saura, un événement auquel la famille royale espagnole a assisté. L’exposition, montée à Genève, a ensuite voyagé dans de nombreux pays.

Des archives immenses

La Fondation Antonio Saura veille sur toutes les archives de l’artiste (photographiques, picturales et manuscrites), sur son énorme bibliothèque et ses immenses archives iconographiques, ainsi que sur une collection représentative de son œuvre.

«Il est impossible d’évaluer avec exactitude l’ampleur des archives qui constituent le patrimoine de Saura. Nous analysons également ses carnets de notes et sa correspondance. Nous restaurons les lettres et autres documents, nous les photographions et les classons dans un but de conservation.»

Quoique récemment créé, le centre attire un public nombreux. «Nous sommes vraiment surpris par l’affluence. Les visiteurs sont le plus souvent des chercheurs universitaires, des commissaires d’exposition et des éditeurs de divers pays. Ce lieu est ouvert à tous.»

Outre les archives de l’artiste, la Fondation abrite aussi une collection de peintures, sculptures, techniques mixtes, dessins, maquettes, livres illustrés originaux ainsi qu’une importante collection d’estampes.

Activité éditoriale

La Fondation assure la publication du Catalogue raisonné de l’œuvre peint ainsi que du Catalogue raisonné de l’œuvre sur papier et autres supports. Elle publie également des monographies d’ Antonio Saura.

Les trois premiers livres – illustrés pour certains – avec lesquels la Fondation Archives Antonio Saura a entamé son projet éditorial, ont été présentés à Toulouse il y a quelques mois. «La divulgation est notre tâche principale», souligne Olivier Weber Caflisch.

«Tauromachie» de Jean Bescós, Marcel Cohen et Antonio Saura; «Contre Guernica», avec des textes du peintre et un prologue de Félix de Azúa et «Erotica» avec des œuvres de Saura et des textes de Jacques Henric et de l’artiste: ces trois premiers titres sont sortis en français. Leur publication en d’autres langues se fera ultérieurement.

Et ce ne sont pas les projets qui manquent. Une vingtaine d’autres attendent de voir le jour. Parmi les titres à venir: «Saura por Saura/Nuevo Notebook ilustrado», «Saura/Comics; Saura/Catálogo Razonado de sus carteles» et «Saura/Sueño y mentira de Franco».

swissinfo, Iván Turmo à Genève
(Traduction de l’espagnol: Elisabeth Gilles)

Antonio Saura naît en 1930 à Huesca (Espagne) et meurt à Cuenca (Espagne) en 1998.

Il est le frère de Carlos Saura Atarés, réalisateur de renommée internationale.

Il commence à peindre et à écrire à Madrid en 1947 alors qu’il est atteint de tuberculose, maladie dont il souffre pendant cinq ans.

Premier voyage à Paris en 1952. Il y fait plusieurs séjours en 1954 et 1955.

A partir de 1956, Saura commence ses grandes séries: Damas, Desnudos, Autorretratos, Sudarios, Crucifixiones, des œuvres sur toile ou sur papier.

En 1957, il fonde à Madrid le groupe El Paso.

Première exposition individuelle à la galerie Rodolphe Stadler à Paris, où il exposera régulièrement tout au long de sa vie.

Il rencontre Otto van de Loo à Munich et Pierre Matisse à New-York qui l’exposeront et le représenteront.

Il limite sa palette aux noirs, gris et marrons.

Son œuvre s’inscrit dans la lignée de celles de Velazquez et de Goya.

En 1960, il commence à sculpter.

En 1967, il s’installe définitivement à Paris.

Il s’engage dans l’opposition à la dictature franquiste.

En 1971, il abandonne la peinture sur toile (à laquelle il reviendra en 1979) pour se consacrer à l’écriture, au dessin et aux œuvres sur papier.

A partir de 1977, il commence à publier.

Il a réalisé plusieurs scénographies pour le théâtre, le ballet et l’opéra.

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