L’humour à bras le corps
Le TPR accueille à la Chaux-de-Fonds «Mein Kampf (farce)» de l'écrivain hongrois George Tabori.
Dans cette pièce tragi-comique, montée par Agathe Alexis, se lit en filigrane l’histoire de la Shoah.
La dernière pièce de George Tabori, créée en Allemagne au Berliner Ensemble, s’appelle «Concert pour un tremblement de terre». Quel titre! Il résume l’ensemble de l’œuvre de l’écrivain, que l’on croirait secouée par un séisme de bonne santé.
Séisme, parce que Tabori ébranle les certitudes sur les questions d’identité et parcourt courageusement les gouffres que celles-ci créent.
Juif, né à Budapest en 1914, élevé à Vienne, puis installé à Londres, engagé sporadiquement à Hollywood pour l’écriture de scénarios, Tabori fait partie des exilés de la Terre qui ont su tourner en leur faveur leur nomadisme en associant la quête de soi au rire.
D’où la bonne santé de ses nombreuses pièces dont les situations, souvent tragiques, sont toujours bousculées par un humour grisant qui emprunte au carnaval ses masques facétieux.
C’est parce qu’il a vu disparaître une grande partie de sa famille dans les camps de concentration, que Tabori conjure la mort comme on chasse les démons de la nuit. Avec une arme très efficace, alliée du rire: les gags.
Poésie provocante
Il pleut des gags chez l’auteur. Comme dans sa pièce «Mein Kampf (farce)» que la metteuse en scène française Agathe Alexis créait en juillet dernier au festival d’Avignon.
C’est cette même version qui est donnée les 29 et 30 novembre au TPR de la Chaux-de-Fonds, avant sa présentation au Théâtre de Vidy-Lausanne (du 11 au 15 décembre).
Au cœur de «Mein Kampf (farce)», un couple détonnant: Adolf Hitler (joué par John Arnold) et Shlomo Herzl (Philippe Hottier). Le premier est encore un inconnu, un gueux, un peintre raté qui débarque un jour à Vienne, dans un asile de nuit pour clochards. Le second, marchand de bibles et juif – on s’en doute – l’accueille et lui apporte soutien et réconfort.
La tension de la pièce réside dans le face à face de ces deux hommes que tout oppose et que Tabori réunit au fil d’une histoire tissée comme une immense blague.
Dans une note d’intention qu’elle a écrite, Agathe Alexis dit son admiration pour l’écrivain et pour «sa poésie insidieuse et provocante, à la fois cynique et généreuse».
A la presse française, elle confiait lors du festival d’Avignon que Tabori lui avait demandé d’ajouter à la fin de «Mein Kampf» cette blague: «Comment faire rentrer cinquante juifs dans une Volkswagen? On en met deux devant, deux derrière, et le reste dans le cendrier». Rideau.
swissinfo/Ghania Adamo
«Mein Kampf (farce)». La Chaux-de-Fonds, TPR, Beau Site, 29 et 30 novembre. Tel: 032/913 15 10. Lausanne, Théâtre de Vidy, du 11 au 15 décembre. Tel: 021/619 45 45
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