L’illettrisme n’est plus une fatalité
La Journée mondiale contre l'illettrisme de vendredi permet à l'association «Lire et écrire» de dresser un bilan. En l'occurrence, réjouissant: en Suisse, de plus en plus d'adultes suivent des cours pour réduire leur handicap.
Le nombre d’élèves de «Lire et écrire» augmente chaque année en Suisse romande. Ils étaient 242 en 1995, 315 en 1997, 526 en 1998 et 551 l’an dernier, selon les chiffres de Chantal Caille Jaquet, collaboratrice de l’association.
C’est qu’il y a du pain sur la planche: d’après un rapport de l’OCDE publié en 1995, 13 à 19 pour cent de la population suisse a un problème d’illettrisme. Les personnes concernées ont certes appris à lire et à écrire à l’école, mais ne sont plus en mesure de comprendre ce qui lisent.
L’illettrisme reste une «honte» pour ceux qui en souffrent. Les personnes qui fréquentent les cours de l’association n’aiment ainsi pas dire qu’elles rencontrent des difficultés avec le français malgré des années de scolarité obligatoire, témoigne Chantal Caille Jaquet.
Mais ce qui a changé, c’est que la société pose désormais un regard différent sur ce fléau social. Depuis quelques années, l’illettrisme est un sujet dont on parle. Du coup, population et autorités sont davantage sensibilisées au problème.
La crise n’est pas pour rien dans cette évolution, estime Chantal Caille Jaquet. Avec les problèmes économiques des années 90, de nombreux travaux peu qualifiés ont disparus.
Pour retrouver un emploi, de nombreux chômeurs ont donc dû entamer une nouvelle formation ou suivre des cours de perfectionnement. A cette occasion, les problèmes d’illettrisme de certains d’entre eux ont été dévoilés et les offices régionaux de placement les ont souvent orientés vers des cours destinés à réduire cet handicap.
Mais si la demande augmente, l’association «Lire et écrire» peine un peu à suivre le rythme. Pour toute la Suisse romande, elle dispose de quelque 80 formateurs bénévoles. Or, après quelques temps, ceux-ci «s’essoufflent», selon les mots de Mme Caille Jaquet.
Pour résoudre le problème, il faut engager de nouveaux bénévoles. Ceci n’est pas trop difficile, compte tenu que la population a pris davantage conscience du problème de l’illettrisme. Mais l’association aurait également besoin de plus de salariés.
Actuellement, «Lire et écrire» occupe deux personnes: une à 50 pour cent et l’autre à 25 pour cent. C’est bien évidemment insuffisant face à l’ampleur de la tâche.
Mais l’argent reste le nerf de la guerre. Actuellement pour la Suisse romande, l’association dispose d’un budget d’un peu plus de 200 000 francs. L’argent est fourni par l’Office fédéral de la culture et celui de la formation professionnelle, ainsi que par des dons privés.
Une somme plus importante serait nécessaire pour engager des salariés. Mais comme la plupart des autres associations, «Lire et écrire» a bien du mal a susciter de nouveaux dons.
Olivier Pauchard
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