L’internationale andalouse
Treize artistes, trois continents étaient réunis mercredi soir à la «Dampfzentrale» de Berne pour décliner quatre accords magiques: la cadence andalouse.
La mineur, sol, fa, mi. De Séville à Marrakech en passant par La Havane ou Lima, ces quatre accords hantent la musique, tout en se parant de couleurs multiples dues aux substrats régionaux ou aux métissages locaux.
Le métissage est également à l’origine du projet d’Emilio Del Pozo, lui-même à la croisée des cultures basque et andalouse, qui a décidé de réunir une belle brochette d’artistes issus de trois continents.
«Je pense que ça vaut la peine de montrer, à Berne ou ailleurs, que nous sommes tous le résultat d’un mélange de cultures, précise-t-il. Pour illustrer cela, on a pris la cadence andalouse, originaire d’Inde, et qui est venue en Espagne en passant par l’Afrique du Nord et l’Europe, grâce aux Tsiganes, aux Gitanos, et a ensuite continué sa route en Amérique du Sud».
Grand voyage et petite planète
Amérique latine, pour commencer. Puis cap sur l’Afrique du Nord, pour finir par l’Espagne. En cours de route, on aura goûté à des mélanges étranges et beaux: «Ce que nous voulons aussi montrer, c’est l’influence locale. La deuxième partie du spectacle propose par exemple la musique des Arabes en Espagne, ou la musique des Chrétiens dans les pays arabes… et on finit par le flamenco!», explique Emilio Del Pozo.
Y a-t-il donc dans la région bernoise un si grand nombre de représentants de la cadence andalouse? «L’astuce d’Emilio, c’est d’avoir su intégrer des musiciens de tous bords, répond le guitariste et chanteur Alyas Lopez. Certains sont spécialisés dans la musique sud-américaine, d’autres ont l’habitude de plusieurs styles – c’est mon cas.»
«Mais même ceux qui n’étaient pas familiers avec un certain type de musique ont pris tellement de plaisir qu’à l’arrivée, on voit des Péruviens jouer du raï ou du tango flamenco! Ce qui m’avait séduit au départ, c’était justement l’idée du métissage; et ça c’est terminé par une grande amitié entre des musiciens de tous horizons!»
Concert ou séminaire?
Voyage géographique, socioculturel et musical réussi. Les treize artistes (guitares, voix, percussions, flûte, mais aussi un danseur et des danseuses) éprouvent manifestement un plaisir réel, tout comme le public, qui a largement répondu présent: la salle de la Dampfzentrale est comble.
Un regret toutefois: la volonté pédagogique illustrée par le biais d’une intervenante qui, en annonçant et commentant chaque chanson, finit par briser quelque peu l’élan de la soirée. «Nous ne cherchons pas à faire un cours universitaire de ce programme, répond Emilio Del Pozo, mais à communiquer quelque chose à un public. Et pour ça, il faut expliquer d’où ça vient. L’Histoire est présente.»
Sans doute. Reste toutefois à trouver un meilleur équilibre: un éclairage culturel qui ne romprait pas le rythme du spectacle, ni ne nuirait à la fête. Car la beauté du métissage se niche autant, sans doute plus, dans l’émotion qu’il peut susciter que dans l’analyse de ses implications. Fussent-elles musicales.
Bernard Léchot
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