«L5» dans votre caddie
«L5», le groupe né de l'émission «Popstars» (M6), s'apprête à inonder les bacs des disquaires avec son premier album. Suisse incluse. Mozart n'est pas inquiet.
L’album sort le 11 décembre. 12 titres au programme. Si vous avez aimé le single, «Toutes les femmes de ta vie», qui sonne comme une version frenchy de Britney Spears, c’est-à-dire techno-rock-variétoche calibrée, vous ne devriez pas être déçu. Trop cool, non?
Si vous allez surfer sur le site de M6, là aussi, c’est super top. On y apprend tout, tout, tout sur la vie de chacune: Alexandra, Claire, Coralie, Lydy et Marjorie (par chance, aucune ne s’appelle Marguerite ou Gertrude, cela aurait été moins porteur).
Sur le site en question, j’ai personnellement découvert que Lydy aime le gratin dauphinois, les yaourts et les sous-vêtements, mais pas la science-fiction ni le vide, car elle a le vertige. Quant à son look, il est «ethno-funky», paraît-il. Et puis j’ai jeté un coup d’œil à son agenda. C’est géant, je peux même la suivre au quotidien.
Avec «Popstars», l’Allemagne a hérité de «No Angels», l’Angleterre de «Hear’Say», l’Italie de «Lollipop», la Suisse alémanique de «Tears». La France – et dans la foulée la Romandie, qui a suivi le feuilleton avec une belle assiduité – s’apprêtent donc à acheter «L5». L comme elles, 5 parce qu’elles sont 5, et L5 à l’image de M6, j’imagine… Chiadé, le nom.
Un Loft constructif
Drôle d’histoire que ce «Popstars», série télévisée proposée par la chaîne française M6, celle-là même qui nous avait offert le fameux «Loft», dont une deuxième mouture est d’ailleurs en préparation.
«Popstars», c’est le Loft sans être le Loft. Caméras indiscrètes, compétition et éliminations. Mais avec «Popstars», la pilule passe mieux, puisque les concurrentes avaient un objectif «constructif»: devenir membre d’un girl’s band, au succès garanti par une promotion imparable. Quel groupe «normal» et débutant pourrait-il bénéficier d’un plan médias aussi efficace?
Succès garanti, mais trajet difficile néanmoins, donc respectable: sous un encadrement rigoureux, effectué par des professionnels exigeants, aboutir impliquait larmes et sueur, comme dans n’importe quel parcours artistique, comme dans la vraie vie, quoi. On était apparemment loin des niaiseries des lofteurs, préoccupés chacun par son nombril et le dessous de la ceinture de l’autre.
Pari mieux réussi que celui de TF1, baptisé «Star Academy». Une autre série de «real-TV» qui, tout en jouant aussi la carte du prétexte musical, est parvenue à concocter le Loft en pire que le Loft: il ne suffit pas de savoir plaquer trois accords sur un clavier pour échapper à une vulgarité crasse.
Quand «popstars» rime avec «Kleenex»
«Popstars», qui, pour le public, se situe quelque part entre «Flashdance» et «Cendrillon», n’était donc pas humainement inintéressant. Plus inquiétant par contre, le reflet que donne cette émission de ce qu’est la trajectoire d’une aspirante «pop star».
Vouloir chanter implique-t-il d’être prêt à fredonner n’importe quelle inanité? Vouloir chanter implique-t-il de savoir tortiller ses fesses sur une chorégraphie inepte? Imagine-t-on Janis Joplin, Patti Smith, ou, dans un registre plus récent et francophone, Patricia Kaas ou Catherine Ringer se prêter à ce genre de choses?
Non. Mais il est vrai que l’émission s’intitule «Popstars» et non «Artistes», il ne faut pas confondre. On se rappelle toutefois d’un temps où le mot «pop star» justement s’appliquait davantage à des Morrisson, Jagger, Bowie et autres Bono qu’à des Kleenex. Mais la TV adore dévaloriser de la main gauche ce qu’elle sacralise de la droite.
Cynique documentaire
Tout le monde avait rigolé en apprenant que «Popstars» relevait, pour M6, de la catégorie «Documentaires». Et pourtant, c’en est bien un. L’erreur aurait été de croire qu’il s’agissait d’un documentaire sociologique, bâti sur le sort des candidates, sorte d’échantillon géant de la population féminine et chantante de l’Hexagone.
Non, c’est bien d’un documentaire économique qu’il s’agit, puisque c’est sur l’industrie musicale que «Popstars» jette une lumière crue: comment fabrique-t-on, comment formate-t-on une machine à engranger les millions? Originalité de la démarche: le cynisme. Car que nous dit «Popstars», sinon: vous avez-vu comment on construit une vedette? Et bien achetez-la maintenant!
Rendez-vous chez le disquaire, d’accord? Ou plutôt au rayon CD de votre supermarché préféré.
Bernard Léchot
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