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La chair, entre cuisses et hamburgers

«After sun»: de préférence, «penser avec son cul». La canicería teatro

Rodrigo Garcia, metteur en scène et auteur argentin très en vogue, présente à Genève «After Sun». Un spectacle détonnant et étonnant.

«After Sun» ne raconte aucune histoire. «After Sun» capte les cris d’une femme nue qui prend son pied sur scène; retient les odeurs de hamburgers cuits en temps réel; reconstruit avec des chips les contours d’un cadavre étalé sur le sol; contemple le «ciel triste» de la Suisse quand il n’y a rien d’autre à faire.

«After Sun» chante, pleure, danse, fustige la philosophie de Nietzsche et de Schaupenhauer pour en arriver à la conclusion qu’il vaut mieux «penser avec son cul». «After Sun» touche 1000 cordes et les fait vibrer selon les plus suggestives dissonances sur la scène genevoise de Saint-Gervais.

Le metteur en scène et auteur argentin Rodrigo Garcia est l’homme-orchestre de ce dzin-boum-boum dont les partitions disent que le théâtre est à l’image de la vie: un télescopage d’objets hétéroclites, de sensations douces et violentes, d’êtres habités par la raison et la folie.

Deux acteurs (Patricia Lamas et Juan Loriente), en nerfs et en tendons, soutiennent ces partitions de tout poil et de tout bois. A travers leurs rêves de réussite, ils réinventent les mythes anciens pour les arrimer à notre époque. Laquelle nourrit, à fortes doses, les illusions de chacun.

Stars éprises de gloire

De Phaéton (fils du Soleil, qui se brûla les ailes à force de convoitise) à Maradona, en passant par les midinettes et stars éprises de gloire, les personnages évoqués par les deux acteurs ont leur équivalent dans la réalité.

C’est que Rodrigo Garcia ne parle que de ce qu’il voit autour de lui. Avec des moyens scénographiques et dramaturgiques associés aux expériences d’avant-garde. Il est en cela l’héritier de Victor Garcia, lui aussi argentin, metteur en scène de toutes les audaces, très tôt disparu, et qui, dans les années 60-70, désacralisait déjà la nudité des corps sur les planches.

Récemment, Rodrigo Garcia (étoile montante du théâtre hispanophone, établi à Madrid, dont on a pu voir à Genève «Tombola Lear» et «Boucher espagnol») affirmait au journal «Le Monde»: «Le rôle de l’artiste ne consiste pas à chercher une vérité mais (…) à produire des formes qui ne sont pas celles auxquelles les gens sont habitués». Il faut le croire.

swissinfo/Ghania Adamo

«After Sun», à Genève, Théâtre Saint-Gervais; jusqu’au 10 mars. Tel: 022/908.20.20

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