La dérive vers le luxe crée la grogne
Un grain de sable s'est glissé dans les rouages du Salon mondial de l'horlogerie et de la bijouterie de Bâle. La grogne pourrait bien gripper la machine.
«Nous vivons une horlogerie à deux vitesses. Et nous avons le sentiment très désagréable que nous ne sommes là que pour servir les intérêts de quelques grands groupes qui misent tout sur le luxe.»
Ce commentaire acerbe est celui d’un petit exposant. Et, comme il sait qu’il risque gros, il souhaite rester anonyme.
En clair, rien ne va plus du côté de Bâle entre des exposants qui ne jouent pas tous dans la même catégorie. La force de la manifestation rhénane a toujours été de mélanger les genres.
L’appétit des grandes marques
Grâce à cette politique, le salon est devenu le rendez-vous incontournable de l’horlogerie mondiale. Mais, pour de grands noms, Rolex, Patek-Philippe, Swatch Group, l’espace dévolu au luxe n’est pas suffisant.
Aussi, lorsque les marques Jaeger-LeCoultre, IWC et Lange und Söhne, rachetées par Richemont, sont parties à Genève, les grandes marques se sont précipitées sur les places libres.
Du côté des organisateurs du salon, on n’a pas grand chose à leur refuser. Et quand ils ont manifesté leur volonté d’agrandissement à tout prix, le salon a dit oui.
«Virés comme des malpropres»
Le problème c’est que cette réponse obligeait le salon à casser le contrat qu’il avait passé avec la société Concord-Movado. «Nous avons été virés comme des malpropres», précise l’un de ses représentants.
La maison américaine ne s’est pas laissée impressionner. Elle a activé ses avocats. Et le salon lui a trouvé un emplacement correspondant, à l’entrée de la halle 1.
Dans ce cas, David a terrassé Goliath. Mais de nombreux combats de ce genre se sont soldés par la défaite des petits.
«J’en ai marre des petits Césars»
Aujourd’hui les Rolex, Patek et Swatch Group sont contents. Ils ont étendu leur emprise, agrandi leur stand et construit qui, un jardin de pierres blanches, qui des bassins dans lesquels il faut veiller à ne pas tomber.
C’est certes joli à l’œil. Mais cela fâche d’autres exposants. Parmi eux, Severin Wundermann, le patron de Corum.
Peu habitué à manier la langue de bois, Severin Wundermann lance: «j’en ai marre de ces ‘petits César’ qui ne veulent en faire qu’à leur tête».
swissinfo/Eric Othenin-Girard, à Bâle
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