La dernière frontière
Claude Middleton est l'une des premières Romandes à avoir émigré en Australie. Un demi-siècle après, elle se souvient de ses premières expériences.
Tout commence en 1950 à Genève, où Claude Middleton rencontre celui qui deviendra son mari.
John est alors en mission en Suisse. Ce médecin militaire australien a pour tâche de sélectionner les réfugiés de guerre qui seront accueillis par son pays.
Traductrice dans le centre de réfugiés, Claude tombe sous son charme. Elle décide alors de partir s’installer aux antipodes.
Un pays à construire
Après 6 semaines de voyage en bateau, la jeune Suissesse arrive enfin à Sydney. Et là, c’est la surprise.
«Je m’attendais à un pays neuf et moderne. En fait, à l’époque, il n’y avait rien, tout restait à construire.» Passionnée par l’opéra, la littérature et les arts en général, Claude Middleton restera d’ailleurs longtemps frustrée par le déficit culturel de l’Australie.
«J’attendais avec impatience l’arrivée des colis en provenance de la Suisse, se souvient-elle. Je recevais tout un tas de journaux et de magazines. Je me rappelle toujours le postier de ma rue, qui, en regardant les timbres, s’écriait: Mme Middleton, encore un paquet pour vous d’Helvetia!»
Mais, à l’époque, l’Australie avait un gros avantage. Il n’était pas difficile d’y trouver un emploi. «Il y avait plus de travail que de travailleurs.»
Un sentiment d’éloignement
A Genève, sa famille ne s’est pas opposée à son départ. «Mieux vaut être heureux à l’autre bout du monde, que malheureux en Europe», lui avait dit sa mère. Pourtant, Claude Middleton n’a pas mis longtemps à ressentir la distance comme une vraie tyrannie.
«Quand on voulait téléphoner, c’était toute une histoire, se souvient-elle. Il fallait réserver un appel au moins quinze jours à l’avance. Puis, le moment venu, on n’entendait rien. J’arrivais juste à percevoir le son des sanglots de ma mère au bout du fil.»
Aujourd’hui, avec les progrès de la communication et des transports, ce sentiment d’éloignement s’est estompé. «Je reviens en Europe tous les ans, explique-t-elle. Finies les semaines en mer. Avec l’avion, nous sommes maintenant à moins de 24 heures de la Suisse.»
Claude Middleton est présidente du Cercle Romand de Sydney. En un demi-siècle, elle a vu passer plusieurs générations de Suisses. «Ils sont généralement fascinés par l’immensité du pays. Beaucoup se sentent trop à l’étroit en Suisse. Pour eux, c’est la dernière frontière.»
Stéphane Hiscock, Sydney
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