La fantaisie barbare de Rodrigo Garcia
Coqueluche des scènes européennes, l'Argentin présente à Genève «J'ai acheté une pelle chez Ikea pour creuser ma tombe».
Le metteur en scène détourne dans son spectacle les rites des sociétés consuméristes. Sans retenue.
Il le fait avec sa hargne de révolté excédé par les rites des sociétés consuméristes et irrité par l’usage du prêt-à-manger (Findus), du prêt-à-jouir (les voyages organisés) et du prêt-à-rêver (les stars du sport et du cinéma).
Il le fait également avec son lyrisme sacré tout autant que blasphématoire (Noël, une fête aussi nécessaire que fastidieuse).
Un humour abrasif
Enfin, il le fait avec sa truculence de cynique aguerri aux choses du sexe («s’aimer et se résigner, c’est le même chose»), Rodrigo Garcia, dramaturge et metteur en scène argentin établi à Madrid, revient à Genève.
On l’avait quitté la saison dernière sur la fantaisie anarchiste d’ «After Sun», spectacle joué au Théâtre Saint-Gervais. On le retrouve aujourd’hui sur cette même scène avec l’une de ses dernières créations: «J’ai acheté une pelle chez Ikea pour creuser ma tombe».
Cet intitulé à connotation morbide cache un humour abrasif qui stigmatise la plus insupportable de nos manies, celle du recyclage. «Aujourd’hui, on apprivoise la nature et on appelle ça parc (…); on apprivoise l’homme et on appelle ça nation».
Recyclage par-ci, recyclage par-là, même le théâtre de Garcia est soumis au rythme infernal de l’absorption et du rejet. Sauf que sur scène, ce rejet se confond avec des vomissements. Manifestations, ô combien efficaces, d’un dégoût du réel qu’affiche avec un sarcasme barbare le metteur en scène.
Les icônes du show-biz
Ses trois acteurs (Patricia Lamas, Juan Loriente et Ruben Escamilla) dégueulent – au sens propre – ce qu’ils ingurgitent, de la même manière que l’imaginaire collectif dévore les icônes du show-biz pour les recracher en T.Shirt et moult objets fétiches.
Rodrigo Garcia, coqueluche des scènes européennes, a ses inconditionnels. C’est à dire ceux qui comme lui – et nous en faisons partie – vomissent la logique marchande des mondialistes.
Ceux qui, en revanche, craignent d’avoir le cœur soulevé par son appétit de barbare lucide, éviteront le spectacle.
swissinfo/Ghania Adamo
«J’ai acheté une pelle chez Ikea pour creuser ma tombe». A Genève, Théâtre, Saint-Gervais; jusqu’au 10 novembre. Tel: 022/908 20 20
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