La marionnettiste Emilie Valantin suspend les criminels à des filins
Sous le titre «L'Homme mauvais», la metteur en scène lyonnaise présente au Théâtre de Vidy-Lausanne un spectacle de marionnettes ingénieux.
Si l’on n’a jamais vu un spectacle d’Emilie Valantin, il faut un certain temps – et même un certain effort- pour accepter des codes de représentation où l’allégorie prime sur tout.
Mais une fois ce travail d’adaptation effectué, il est difficile de ne pas être fasciné par le virtuosité de la marionnettiste lyonnaise et par l’énergie de son équipe qui présente au Théâtre de Vidy «L’Homme mauvais».
Ce titre vénéneux reflète la vie d’un criminel enseveli vivant dans une fosse où grouillent des bêtes sauvages. Notre homme est tellement abject, qu’à son contact les bêtes s’enfuient.
Emilie Valantin a largement brodé autour de cette histoire inspirée de «L’Homme détrompé» («El Criticon»), oeuvre du moraliste espagnol Baltazar Gracian (1601-1658).
Des marionnettes conjuguées au présent
Elle a donc enrichi l’intrigue d’une foule d’anecdotes liées à l’actualité politique et sociale. Son «Homme» en cache d’autres, dictateurs aussi bien que démocrates, enfermés dans un manichéisme dangereux. «Ma justice sera sans limites», menace – comme George W. Bush – «L’Homme mauvais», une fois sorti de sa fosse.
Omniprésente, l’idée d’enfermement conduit toute la représentation. A commencer par le décor qui tient à la fois de la tour infernale (avec escalier à colimaçon) et de la cage à fauves où se déroule le triste cirque bestial et humain.
Les protagonistes en sont des marionnettes, de toutes sortes, faites de chiffon, de papier mâché et même de glace. Oui de glace, reflet d’individus promis à la dissolution. Et métaphore puissante d’êtres manipulés sous les yeux du public invité, quant à lui, à se méfier des cages physique, mentale et sociale dans lesquelles il risque à tout moment d’être coincé.
Ghania Adamo
«L’Homme mauvais» à Lausanne, Théâtre de Vidy; jusqu’au 9 octobre. Tel: 021/619 45 45.
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