La passion jusqu’au bout de la langue
Le premier dictionnaire romanche (sursilvan)-français est né grâce à la volonté d'un Romand passionné par les langues, Jean-Jacques Furer. Portrait.
Lorsqu’on lui demande combien de langues il pratique, Jean-Jacques Furer réfléchit un instant. Puis, il répond: «huit environ».
En clair, il maîtrise les langues nationales, le polonais, le castillan, le portugais et le tchèque. Plus toutes les autres qui nécessiteraient «un petit rafraîchissement».
Pourtant, ce quinquagénaire a grandi en Ajoie dans le Jura, au sein d’une famille exclusivement francophone. C’est donc à l’école qu’il a découvert les langues. Et ses autres passions, l’histoire et la poésie.
Un véritable autodidacte
«J’ai claqué la porte de l’université et décidé d’effectuer mes propres recherches historiques et sociolinguistiques, raconte-il. Et, pour apprendre différentes langues, je suis parti à l’étranger.»
Jean-Jacques Furer a donc tout de l’autodidacte. Son parcours révèle ses passions. Il a appris le gaélique en Irlande, le féroen aux Iles Féroé et puis le cachoube en Pologne.
Chacun de ces apprentissages a sa propre histoire. Ainsi, Jean-Jacques Furer s’est mis au polonais pour lire dans le texte ses poèmes favoris. Quant au Féroen, il l’a appris pour communiquer avec les habitants de l’île dans leur propre langue.
Vous l’aurez deviné, ce Romand a un penchant pour les langues en péril. Et, comme il n’est pas possible de les étudier toutes, il s’est concentré sur les européennes.
Son credo: chaque langue est un véhicule unique et irremplaçable. Mais certaines sont menacées parce que discriminées.
«J’ai décidé de les étudier et de les défendre, poursuit-il. Et j’essaie d’en parler pour que d’autres en parlent.»
Vingt ans de combat
Mais Jean-Jacques Furer n’a pas pour autant oublié ses origines. C’est donc assez naturellement qu’il a fini par retourner en Suisse. Et qu’il s’est penché sur le sort du romanche.
Pour vivre la situation de l’intérieur, le sociolinguiste s’est installé à Surselva. Il organise notamment des cours de romanche au sein de la Fundaziun Retoromana qui travaille à la défense et à la promotion du romanche.
Son dictionnaire romanche (sursilvan)-français qui vient de sortir de presse est le symbole de ses vingt dernières années de combat.
Aujourd’hui, ce traducteur jette un regard critique sur son pays, qui laisse «crevoter» son plurilinguisme. «La Suisse quadrilingue, soupire-t-il, a de fortes tendances, en réalité, à être quatre fois monolingue.»
Une famille plurilingue
La famille Furer, elle, cultive le plurilinguisme. L’épouse de Jean-Jacques est polonaise. Mais elle a appris nos quatre langues nationales.
«En famille, nous parlons quatre ou cinq langues de façon très harmonieuse. Et mes enfants ont plusieurs langues maternelles. C’est plus que ce que je ne pourrai jamais avoir.»
Cela dit, Jean-Jacques a conscience d’être totalement atypique. Il se dit d’ailleurs en marge de la société.
«Mes connaissances remplissent souvent les autres d’une admiration exagérée. Mais les personnes qui connaissent plus de trois langues inquiètent. On se dit qu’elles en savent trop.»
Et de conclure: «dans le monde matériel, il faut vivre et mes connaissances ne sont pas commercialisables». Mais il en faut plus pour décourager cet autodidacte, qui songe à apprendre le lithuanien.
swissinfo/Caroline Zuercher
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