La peinture faussement naïve de Carole Perret
L'artiste suisse expose à deux pas du centre névralgique du commerce chic de Lisbonne, dans la toute nouvelle Allarts Gallery, la première du Portugal consacrée à la peinture naïve.
L’Allarts Gallery est la première du genre au Portugal. Elle doit son existence à un collectionneur passionné, Pedro Almeida. La minuscule galerie expose des tableaux venus de nombreux pays étrangers, dont quelques-uns de la Suissesse Carole Perret, aux côtés de peintres portugais, à dire vrai peu connus du grand public.
Dans l’étroite Allarts Gallery, le néophyte peut découvrir en un coup d’œil combien l’éventail des styles de ce genre pictural est large, et tout aussi généreuse la manière d’être «naïf», autrement plus complexe que ce que suggère le sentiment souvent affiché, genre «je peux en faire autant».
On serait bien incapable en effet de reproduire la finesse des peintures de Carole Perret. Cette artiste qui expose en Suisse, en France, en Allemagne et en Espagne découvre Lisbonne pour la première fois grâce à l’invitation de Pedro Almeida.
Célèbres petites nonnes
Le directeur de la galerie a découvert son travail à Madrid au cours d’une exposition collective. «J’ai été subjugué par son travail, la maîtrise que Carole a de son art et par la personne elle-même», confie-t-il. Son petit espace permet de découvrir les célèbres nonnes de Carole Perret. «Des nonnes pas toujours très catholiques», s’amuse l’artiste.
Volubile pour cacher son trac, Carole Perret explique combien ses personnages aux coiffes blanches mal ajustées et aux robes d’un bleu particulier si souvent retroussées, peuvent exprimer beaucoup de non dit au-delà de l’apparence sociale. «Nous sommes tous des personnages multiples. Nous jouons des rôles, et nous sommes encore autre chose que ce que nous laissons deviner, comme mes petites religieuses, qui sont aussi des femmes ou des enfants», explique-t-elle.
Née en 1951 d’un couple de médecins, l’artiste a consacré la majeure partie de sa vie à l’illustration graphique et à sa famille. «Et puis j’ai décidé de faire ce que j’avais envie: peindre et exposer. Et voyager, maintenant que je commence à être connue,» ajoute-t-elle enchantée par sa découverte de Lisbonne.
Un mystérieux chevalier
Le Portugal est présent dans les peintures de Carole Perret depuis longtemps, par l’entremise d’un cavalier. «C’est un beau chevalier portugais, hiératique, fier, monté sur un magnifique cheval pour enlever mes nonnes» raconte Carole Perret. On l’aura compris, l’irrévérence est une vertu chez cette artiste qui cache mal une certaine timidité.
Passionnée de chevaux, elle s’enthousiasme d’apprendre qu’il existe de somptueux haras dans le centre du Portugal, à Alter-do-Chão, et que le Portugal, avec la France et l’Autriche, est le seul pays européen a disposer d’une école nationale d’équitation.
Humour et symbolisme
L’univers de Carole Perret, chargé d’humour et de symbolisme, est loin d’être anodin, la peintre le reconnaît: «Je vais être prudente. Je ne peux pas, d’entrée de jeu, montrer des nonnes nues ou tentées par de drôles d’aventures à un public pour qui la religion est très importante. Au risque d’être mal comprise, je préfère donc tester prudemment la réaction des Portugais.»
Si les nonnes échappent souvent à la conformité, l’artiste manifeste un grand respect pour son public et mise sur la sensibilité des amateurs d’art. L’éducation judéo-chrétienne qui influence des pays européens est parfois lourde à porter, mais l’important est d’aller au-delà des frontières, résume cette femme décidée.
A Lisbonne, les débuts sont prometteurs: deux des cinq tableaux montrés dans la «Allarts Gallery» ont été achetés avant même le vernissage.
L’enchantement de Lisbonne
«Je suis fascinée par la largeur du Tage et l’ouverture de Lisbonne sur la mer. Je comprends mieux pourquoi ce pays a autant contribué à enrichir le monde avec ses découvertes. Il y a comme un appel. Je suis enthousiasmée par ces immeubles que l’on reconstruit. On ne garde que les façades, et les fenêtres s’ouvrent sur le bleu du ciel ou la végétation. Là encore, une métaphore des faux semblants et des trompe l’oeil. Assurément, ce sera dans mes prochaines peintures», confie Carole Perret dans un sourire gourmand.
L’«Allarts Gallery» a réservé une belle surprise à l’artiste suisse: une exposition lui sera entièrement consacrée l’an prochain. Les petites nonnes provocantes de Carole Perret trépignent à l’idée d’envahir Lisbonne.
Marie-Line Darcy à Lisbonne, swissinfo.ch
Née en 1951 à Berne, elle a terminé son diplôme à l’Ecole des Arts Appliqués de Bienne en 1972.
Plus de quinze ans durant, à Paris et Lausanne, elle exerce l’illustration publicitaire.
Puis, en autodidacte, elle se consacre à la peinture naïve.
Cette peinture regroupe des artistes autodidactes. Mais c’est aussi une école de peinture qui compte des artistes figuratifs qui se distinguent par la minutie et l’apparente simplicité de leurs motifs.
Les plus connus sont Henri Rousseau dit «le douanier Rousseau» et Ferdinand Cheval.
Il y a aussi Séraphine de Senlis, une servante qui a fini ses jours dans un hôpital psychiatrique, dont l’œuvre étonnante a été portée à la connaissance du grand public par le film du réalisateur Martin Provost.
Ce genre connait un regain d’intérêt aujourd’hui.
Pour peindre, Carole Perret utilise cette technique ancienne, généralement sur bois, qui remonte au 15e siècle, avant la découverte de la peinture à l’huile.
Les enduits sont à base de poudre craie fixée par de la colle d’origine animale. Carole Perret étale cinq couches de cette préparation, pour réaliser ses motifs avec des pigments qu’elle prépare elle-même. L’absorption des pigments par l’enduit donne de la profondeur à la peinture.
Comme on ne peut mélanger les pigments sur la toile, il faut travailler les nuances par touches successives.
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.