La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

La Suisse dans le concert du monde

Nelly Wenger, «le visage» d’Expo.02. swissinfo.ch

La fin d'Expo.02 approche. Pour Nelly Wenger, présidente de la direction générale, le terme d'une incroyable aventure.

Depuis 1999, elle est devenue l’incarnation de la manifestation. Avec tout ce que cela implique. Son bilan, première partie.

Silhouette vêtue de noir et de rouge, rouge comme le rouge à lèvres qu’elle a en général éclatant. Si Expo.02 a un visage, c’est désormais celui de Nelly Wenger, portée aux nues par les uns, violemment critiquée, voire moquée par les autres.

Avec une telle exposition, au double sens du terme, Nelly Wenger ne sortira pas de l’aventure comme elle y est entrée. A titre personnel, peut-elle déjà évaluer l’impact d’Expo.02 sur sa vie? «Je ne suis pas en mesure de faire un bilan personnel à chaud. Il me sera nécessaire de prendre du recul, du champ, pour voir les choses de manière plus lucide, plus élaborée.»

Ce qu’elle sait, par contre, c’est que son après-expo, elle devra l’apprivoiser: «Il faudra que je réapprenne à apprécier ce qui est en dehors. Parce que diriger l’expo, c’est être comme dans un rapport amoureux. On est complètement transporté et on élimine tout ce qui n’est pas ça».

Succès populaire

Les chiffres définitifs ne sont pas encore connus, ni en matière de budget, ni en matière de fréquentation. Ceux-ci tomberont le 23 octobre, à l’occasion d’une conférence de presse pour le moins attendue.

Mais une chose est sûre: la population suisse, à quelques exceptions notables – les Tessinois, les Genevois – s’est déplacée en masse. «L’événement a été accaparé, au sens merveilleux du terme, par les visiteurs. Ce qui s’est passé montre qu’il y avait une profonde aspiration à quelque chose de collectif» constate Nelly Wenger.

Avant de poursuivre: «On l’avait dit avant, mais cela semblait alors des arguments pour défendre le projet. Je crois que les visiteurs ont démontré que c’était un besoin réel en étant là, joyeux».

Un grand public plus réceptif que les «élites»?

Retour au 1er jour de la manifestation… Arpentant le faux gazon neuchâtelois, le sociologue Bernard Crettaz s’interrogeait: «Qu’est-ce qui va se passer, là? Simplement de la consommation, du zapping permanent? Ou est-ce qu’à la faveur de l’événement, il va y avoir une dynamique collective? Est-ce qu’un laboratoire helvétique nouveau pourra naître ici?»

Bernard Crettaz, conseiller spécial auprès de Nelly Wenger, qui, pour elle, a tenté de décoder ce qu’il observait. Leur premier constat: la divergence entre les leaders d’opinion et le grand public.

Nelly Wenger constate que la «Suisse officielle» (par là elle entend les politiques, mais aussi les journalistes, les intellectuels) se scinde en deux camps: «ceux qui ont saisi l’expo à bras-le-corps, comme objet poétique et philosophique, et les autres, ceux qui ne savent pas comment la prendre et la comprendre».

Pourquoi cela? «Dans un pays de la pédagogie, on est perplexe devant un objet qui est plutôt de l’ordre de la philosophie. Or la Suisse n’est pas un pays de la philosophie. Ce qui est étonnant, c’est que le grand public n’a pas eu ce problème-là. Lui, il se retrouve complètement dans la diversité des points de vue».

La fin d’un modèle?

Nelly Wenger se réjouit de la «légèreté» qui règne sur les arteplages. Pour elle, il y a là quelque chose qui dépasse la simple consommation: «Il n’y a aucune glorification ou sublimation de la Suisse dans cette exposition. Or on avait prit en Suisse l’habitude d’avoir un poids sur les épaules: celui de devoir donner l’exemple. Modèle de neutralité, modèle de démocratie».

Déchargée du poids de leur théorique exemplarité, le Suisse et la Suissesse se seraient donc plus volontiers laissé aller à l’insouciance et au plaisir. D’une certaine façon, le bonheur d’être comme les autres:

«L’expo reflète plutôt une Suisse qui se banalise, dans la mesure où elle reconnaît être dans le concert du monde, avec les mêmes problèmes que les autres, mais aussi les mêmes aspirations et les mêmes atouts. Ni dénigrement, ni sublimation».

Tour de Babel

Linguistiquement parlant, le Bâlois n’est pas le Bernois, qui lui-même est assez éloigné du Haut-Valaisan. Et globalement, pour le Suisse romand qui apprend à l’école l’allemand d’Allemagne, les dialectes suisses alémaniques sont des charabias aussi gutturaux qu’étranges.

L’échange interculturel que les organisateurs espéraient tant a-t-il eu lieu? Une jeune visiteuse schaffhousoise, récemment, nous affirmait le contraire. Un point de vue que conteste totalement la directrice d’Expo.02:

«La sociabilité était là. Ce qui restera de l’expo, à par les images, c’est l’idée d’une sociabilité nouvelle, d’une sociabilité étrange – étrange pour la Suisse. C’était une des aspirations de l’expo, et cela a fonctionné pleinement. Mais encore fallait-il le vouloir, être ouvert et parler aux autres… »

Une Suisse différente

Moult Helvètes ont été impressionnés par leur exposition nationale. Mais peut-être l’ont ils moins été que les visiteurs étrangers: «Ce qui ressort de la presse étrangère, c’est que les pays voisins ont été étonnés. Ils ne voyaient pas la Suisse comme ça», se réjouit Nelly Wenger.

C’est-à-dire? «Capable de produire du beau, du grand, du moderne. Du fluide et de l’eau alors qu’on est un pays de montagne… Et de produire de la convivialité. Ils sont frappés par les visages souriants, alors que le Suisse est vu comme sérieux et bougon.»

Une population sensible aux objets philosophiques… Un modèle national moins oppressant… Un dialogue réussi… Une image nouvelle. Le tableau est idyllique. Mais Nelly Wenger n’est pas dupe de son propre discours, ou en tout cas, n’irait pas jusqu’à promettre d’avoir bouleversé, en profondeur, la Suisse:

«Peut-être cela rechargera-t-il nos batteries. Ce que je souhaite, c’est que ça nous encourage à entreprendre, à oser des grandes choses. Mais je n’ai pas les clés de l’après-expo: je ne suis pas sûre qu’on y arrivera. Peut-être l’expo terminée, on aura l’impression que c’est la fin des vacances et qu’il faut revenir aux choses sérieuses. Je ne sais pas.»

swissinfo/Bernard Léchot

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision