La Suisse existe-t-elle?
«Cartes postales» de Suisses expatriés... Fabrice Rochat nous adresse son courrier de Brisbane, en Australie.
Dans la foulée d’Expo.02, il s’interroge sur la réalité de la cohésion nationale.
Expo 02 a fermé ses portes il y a peu. A l’heure des comptes, comme d’habitude dans ce pays, il reste beaucoup de gens sceptiques. Les uns l’ont trouvée trop chère, d’autres pas assez patriotique.
Mais posons-nous plutôt la question essentielle. A savoir, pourquoi une exposition nationale? La Suisse est le seul pays au monde à organiser un tel événement, tous les 30 ans environ. Est-ce pour se rappeler que plusieurs cultures fort différentes vivent côte à côte? A chaque génération, faut-il ressouder la population de peur que le pays se désagrège?
On notera aussi le nombre de mots anglais utilisés lors de l’Expo comme ‘Event’, ‘E-Shop’ ou encore ‘Little Dreams’. La nouvelle génération, contrairement à l’ancienne, utilise l’anglais pour communiquer entre les différentes parties linguistiques du pays…
L’anglais langue inter-culturelle
L’anglais reste la langue privilégiée des touristes dans le monde. Durant mes voyages, j’ai constaté que j’étais plus proche des francophones et autres anglophones que de mes anciens voisins Suisses allemands.
D’ailleurs, l’autre jour en me promenant au centre de Brisbane, je me suis assis sur la grande place publique. J’ai alors entendu une langue familière, bien que toujours incompréhensible à mes oreilles.
J’étais placé à côté d’un groupe de jeunes étudiants Suisse alémaniques, venant apprendre l’anglais en Australie. Je leur adressai la parole en posant quelques questions, mais constatai bien vite que la conversation ne les intéressait pas.
Ils avaient sans doute oublié qu’une petite minorité de la population suisse a un accent ‘welsch’ dans la voix. J’aurai pu venir de la Zambie Equatoriale que cela n’aurait rien changé, je devais être à leurs yeux un étranger un peu trop curieux. Illustration du manque de relations entre les différentes parties de la Suisse.
En voyage, un Australien de Brisbane rencontrant un autre national de Perth (à plus de 3000 kilomètres de distance) montrerait sans aucun doute un enthousiasme certain à la conversation.
La Suisse n’existe pas
Les Suisses se supporteraient-ils parce qu’ils ne se comprennent pas, comme un vieux couple usé par les années de vie commune?
Il n’y a que 200 ans environ que les cantons romands ont rejoint la Confédération. Ces années ont été relativement prospères et sans conflit majeur en Suisse, alors que l’Europe a essuyé deux grandes guerres. Une Europe stable et riche ne présente-t-elle pas une menace pour la cohésion helvétique, en partie construite sur les discordes européennes?
La Suisse est une sorte de mini Europe. La formation de cette forteresse européenne ne va-t-elle pas écraser et annihiler cette île minuscule posée en son sein?
«La Suisse n’existe pas», disait un célèbre artiste suisse expatrié. Si elle existe, pour combien de temps encore?
swissinfo/Fabrice Rochat
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