La tragique histoire d’une possession
A Genève, Le Forum Meyrin accueille «Hilda», pièce de Marie N'Diaye mise en scène par Frédéric Bélier-Garcia.
Sur scène, on découvre Zabou dans le rôle d’une bourgeoise tortionnaire.
Marie N’Diaye est surtout connue pour ses romans, dont notamment «Rosie Carpe» qui a reçu le Prix Femina en 2001. Mais la jeune franco-sénégalaise est aussi auteur de théâtre. Brillante. Le succès de ses pièces va grandissant. Rien qu’en Suisse romande, deux d’entre elles sont actuellement à l’affiche.
Ainsi, «Providence» vient d’être créée au Théâtre Kléber-Méleau, à Lausanne, par le Belge Marc Liebens qui, il y a deux saisons, mettait en scène, à Vidy, «Hilda».
Cette autre pièce de Marie N’Diaye, on peut la découvrir jeudi au Forum Meyrin, à Genève – avant sa reprise à Vevey en décembre – dans la version qu’en donne le metteur en scène français Frédéric Bélier-Garcia.
Quand Zabou minaude…
Dans le rôle principal, il y a Zabou. Ce qui explique la présence en masse du public venu de ses yeux voir la célèbre comédienne. Mais alors, qu’est-ce qu’elle déçoit Zabou! Il est regrettable de le dire aussi crûment.
Ce qui accroche le regard, ce sont surtout ses tics, cette façon qu’elle a de relever frénétiquement une mèche de cheveux pour la placer derrière l’oreille. Et puis, il y a ses bras qu’elle croise et décroise comme si elle était à cours d’une gestuelle qui viendrait donner du sens à ses mots.
Mais passons sur les minauderies. Lesquelles seraient restées inaperçues si la comédienne était bien dirigée. Bélier-Garcia, pourtant metteur en scène fin, la conduit vers une interprétation boulevardière d’un rôle qui ne supporte nullement l’approche ‘psychologisante’.
Possession et dépossession
Qui est donc Hilda? C’est un personnage qu’on ne verra jamais sur scène et qui porte dans son absence son impossibilité d’être. Scandée comme un morceau de musique, avec ses crescendo et decrescendo, la pièce conte la double histoire d’une possession et d’une dépossession.
Franck Meyer (Eric Savin), menuisier, loue les services de sa femme Hilda à une bourgeoise, Mme Lemarchand (Zabou Breitman). Un acte qui lui coûte cher: il perd son épouse au fur et à mesure que la patronne s’en approprie.
Le texte fait penser aux «Bonnes», la célèbre pièce de Jean Genet que Marie N’Diaye prend intelligemment à contre-pied. Mme Lemarchand façonne, donc, sa servante à son image, comme pour se donner la possibilité de haïr son état de bourgeoise et de tortionnaire. Les deux états allant de paire et donnant à la servitude une dimension tragique.
Cette dimension-là, Zabou l’évacue. Son personnage se distingue bien plus par ses caprices de femme riche et oisive que par sa criminalité de patronne se vautrant dans son pouvoir démagogique.
swissinfo/Ghania Adamo
«Hilda». Forum Meyrin (GE), 13 – 14 novembre. Tel: 022/989 34 34. Théâtre de Vevey, le 13 décembre.
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