Le dernier rictus de Molière
«Le Malade imaginaire» est présenté à Genève puis Neuchâtel dans la mise en scène de Claude Stratz. Le Suisse dirige ici les acteurs de la Comédie-Française
Ni divertissement, ni pied de nez aux médecins, ni critique de l’infantilisme masculin…
Aucune de ces trois interprétations, qui ont souvent servi de fil rouge aux mises en scène du «Malade imaginaire», n’a été retenue par Claude Stratz.
L’ancien directeur de la Comédie de Genève, aujourd’hui à la tête du Conservatoire d’art dramatique de Paris, créait, voilà deux ans, la pièce de Molière à la Comédie-Française.
Son spectacle qui entame une grande tournée, s’arrête pour deux soirs à Genève (Bâtiment des Forces Motrices, 22 et 23 septembre), avant Neuchâtel (Théâtre du Passage, 29 et 30 octobre).
L’occasion était donc à saisir pour poser à Claude Stratz quelques questions auxquelles il répond avec l’enthousiasme qu’on lui connaît. Pour le metteur en scène suisse, «Molière fait de l’humour avec son propre malheur et donne ainsi la mesure de son génie. C’est là tout l’enjeu du ‘Malade imaginaire’ qui reste indissolublement lié au sort de son auteur».
Faut-il rappeler que lorsqu’il écrit son ultime oeuvre, Jean-Baptiste Poquelin se sait atteint d’un mal incurable qui lui ravage les poumons. Il s’était lui-même mis dans la peau d’Argan, incarnant ainsi le rôle-titre.
Faire rire de la souffrance
Or le 17 février 1673, le soir de la quatrième représentation, Molière, pris de convulsions, toussa, cracha du sang et mourut sur scène. Soudainement, dangereusement, le théâtre devenait réalité. Et c’est cette réalité-là qui intéresse Stratz.
«Ce qui me frappe, explique ce dernier, c’est la puissance de dérision et l’esprit carnavalesque grâce auxquels l’auteur parvient à rire et à faire rire de sa propre souffrance. Sa pièce est une conjuration de la mort. Molière est vraiment malade, mais il campe le personnage d’un hypocondriaque qui, lui, est un faux malade».
Le premier méprise les médecins, le second les vénère. L’auteur se veut ainsi l’antagoniste de son héros incarné ici par l’acteur Alain Pralon qui avec la troupe de la Comédie-Française promet de donner des frissons à la salle. Entre rires et larmes.
swissinfo/Ghania Adamo
«Le Malade imaginaire», à Genève, Bâtiment des Forces Motrices, 22 et 23 septembre. Tel: 0900 552 333. Neuchâtel, Théâtre du Passage, 29 et 30 octobre.
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