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Le langage des âmes par Bergman

Philippe Mentha et Sophie Lukasik. Théâtre Kléber-Méleau

Au Théâtre Kléber-Méleau, Philippe Mentha incarne magistralement la névrose du génial dramaturge Ingmar Bergman.

Sur la scène, après une énième répétition, Philippe Mentha (Vogler) disserte avec Sophie Lukasik (Anna) sur le théâtre. Mais on comprend vite qu’ils parlent aussi de la vie. Anna est-elle assez talentueuse dans le rôle principal qu’il lui a décerné? Et parviendra-t-elle à le séduire?

Daniel Wolf a monté «Après la répétition» d’Ingmar Bergman dans le petit théâtre Poche de Genève, cet été. La pièce se rejoue, ces jours-ci, au Théâtre Kléber-Méleau, à Renens. Dimanche soir, une spectatrice de choix était ravie: Ruth Dreifuss, ministre de l’Intérieur.

Ce théâtre qui conduit à la vie

De confessions en remises en questions, Vogler et Anna s’épient, s’affrontent, puis s’apprivoisent et, finalement, avouent leurs attirances réciproques. Qu’il s’agisse de théâtre ou de la vraie vie.

Au travers de ce dialogue saisissant de lucidité, Bergman nous fait comprendre que le théâtre exige, pour être crédible, que les comédiens donnent ce dont ils ont de plus cher, ce qui leur est de plus précieux en la vie. Alors que, trop souvent, pour ne pas dire la plupart du temps, les êtres ne font que jouer la comédie dans la vie de tous les jours.

Mais une bouffée de sensualité va faire avancer la relation entre Vogler et Anna: la réapparition de la mère d’Anna, autrefois maîtresse de Vogler. Cette mère décédée qu’Anna déteste et à qui, pour rien au monde, elle ne veut ressembler.

Et pourtant, Vogler, éperdu d’un amour incestueux pour Anna, ne cesse de lui répéter qu’elle ressemble à sa mère, Rakel, passionnément jouée par Caroline Cons.

En effet, Rakel revient du séjour des morts demander à Vogler de coucher une dernière fois avec elle. Il faut comprendre que Rakel court toujours après la reconnaissance de Vogler, son ancien metteur en scène.

Une sonate avec de grands interprètes

La vie ne ferait ainsi que se répéter. Vogler a aimé Rakel. Mais il ne lui avait pas attribué le rôle principal dans «Songe» de Strinberg. Cette fois, Vogler offre à Anna le rôle-phare dans sa dernière version de la pièce. Même si elle ne cesse de buter sur sa réplique théâtrale. Et même si elle attend un enfant d’un autre, l’assistant metteur en scène qui louche.

Sans cris ou presque, mais sur le mode mineur des chuchotements, les âmes se délient, avouent leurs ressemblances, leurs attirances et leurs désenchantements. C’est poignant comme une sonate que le piano égrène dans le final.

Seuls de grands acteurs ne peuvent démêler le vrai du faux, tout en feignant de ne pas y toucher. A ce titre, Philippe Mentha porte la pièce à bouts de bras. Il joue de sa forte présence scénique et de sa délicatesse dans l’exigence des nuances textuelles. Sophie Lukasik, elle, tient la comparaison et la confrontation avec finesse. Alors que Caroline Cons excelle dans son rôle émouvant de demi-folle.

Emmanuel Manzi

Réservations par tél. au Théâtre Kléber-Méleau pour les représentations de novembre: 021 625.84.29.

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