Le «Métier de Vivre» de Pavese revisité à Genève
Sur la scène de l'Athénée 4, Michael Lonsdale parcourt le journal de Cesare Pavese. Un spectacle conçu par l'artiste genevois Jean Bart.
«C’est à 17 ans que j’ai lu pour la première fois «Le Métier de Vivre» de l’écrivain italien Cesare Pavese, d’une traite», explique Jean Bart.
«Puis, je l’ai relu plus tard. Car ce journal contient d’après moi deux ou trois phrases prophétiques concernant la science et l’art. Comme, par exemple, «raconter des choses incroyables comme si elles étaient réelles.»
Mais ce sont le doute et la souffrance chez Pavese qui ont touché le musicien et metteur en scène genevois. Et son mal-être récurrent. Cesare Pavese n’aimait pas la ville de Turin. Fils de paysan, l’homme est devenu communiste, mais est resté profondément attaché à sa campagne turinoise.
Avec Michael Lonsdale
La solitude de Pavese, ses problèmes de communication avec les femmes ou encore sa difficulté à vivre sont les thèmes déclinés par l’immense comédien anglo-français Michael Lonsdale. Dans une lecture presque à vue, puisque l’acteur n’a bénéficié que de deux jours de répétition pour travailler le texte de l’illustre auteur italien.
Jean Bart a pensé à Michael Lonsdale pour la lecture du journal de Pavese «parce que j’écoutais en boucle son interprétation sur CD de «L’étranger» de Camus et pas mal d’autres lectures du comédien, comme la correspondance entre Théo et Vincent Van Gogh».
Pour tisser la toile de fond de son spectacle, Jean Bart est allé voler quelques scènes de la vie turinoise. Histoire d’ouvrir une fenêtre sur les lieux où Pavese vécut et sur le type de personnages – «blindés, rudes, durs et peu communicatifs» – qu’il avait pu côtoyer.
Les questions de la vie
C’est donc l’Italie de Pavese qui apparaît à travers cette lucarne emmurée au fond de la scène. Alors qu’à d’autres moments, la comédienne genevoise Anne Martinet apparaît sur une estrade au-dessus de la salle pour décliner quelques poèmes de Pavese.
«Le Métier de Vivre» traite de 15 ans de la vie de Cesare Pavese. Cet amoureux refroidi mille fois par la vie, les femmes et la désillusion. Bousculé par le fascisme grandissant des années 1930-40. Et qui, parce que sans doute trop lucide sur l’existence, finit par mettre fin à ses jours le 27 août 1950. A 42 ans. Le même âge qu’accuse Jean Bart.
On aurait pu supposer qu’en tant que musicien, Jean Bart composerait quelques musiques pour son spectacle. Or, il n’en est rien. L’artiste pluridisciplinaire a fait appel à des compositeurs contemporains de l’Europe de l’Est «à dimension spirituelle» et à Ennio Morricone pour alléger quelque peu l’ambiance, forcément tragique et désespérée.
Pour Jean Bart, la lucidité fait forcément souffrir. «Mais peut-être que le drame de Pavese est qu’il ne soit pas parvenu à transcender son mal de vivre. Hormis dans son œuvre littéraire». Une bonne raison pour courir écouter la lecture de son journal par Michael Lonsdale. Car «ils sont trop rares les gens qui posent les vraies questions».
swissinfo/Emmanuel Manzi
Jusqu’au 13 avril à 20h30 à l’Athénée 4, 4, rue de l’Athénée à GE.
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