Le monde, enfin!
La Suisse à l'ONU... Une semaine après la votation du 3 mars, Rolf Kesselring évoque, de la région de Nîmes, la perception qu'il a eue de ce oui historique.
Ça y est! C’est fait! Après le vote récent, dans quelque temps, notre pays fera partie de l’ONU. Le peuple l’a décidé. Nous sommes enfin de retour sur Terre!
Il était temps. Je me demandais si cette Suisse qui, vue d’ici, nous paraît tellement lointaine, hors du monde, allait enfin réintégrer la famille humaine.
Des siècles de solitude
Bien sûr nous n’étions pas les derniers à refuser. Il y avait quelques Etats comme le Vatican et le Papaouschnokland, qui se tâtaient encore, incertains et prudents. Nous étions pourtant parmi les derniers.
Avec des villes comme Genève où résident des instances internationales multiples, il y avait un paradoxe à ne pas vouloir faire partie de cette Organisation des Nations Unies, Depuis des siècles nous nous abritions derrière notre différence, peut-être même derrière notre indifférence. Depuis des siècles, nous pataugions en pleine solitude.
Bienvenue sur Terre
Lors de ce référendum, en allant prendre mon petit noir aux zincs de la région que je continue à hanter tout en gardant un œil sur la Suisse – on ne sait jamais ! -, j’ai été surpris de constater à quel point ce vote populaire intéressait nos cousins de France. Tout le monde m’en parlait.
J’avais l’impression que tous ces bavards me souhaitaient la bienvenue parmi eux. Je devenais normal. Je n’étais plus marginal! Je n’étais plus le citoyen d’un pays en retrait, presque à la lisière des préoccupations des autres. Pas un seul ne m’a parlé des banques ou du chocolat. C’est tout juste si quelques égarés, mal informés, m’ont demandé l’heure, une fois ou deux.
C’est où la Suisse?
Pendant que je me laissais accueillir dans ce monde, je réalisais que, désormais, il nous faudrait partager quelques soucis, quelques conflits, avec les autres. J’en étais à me demander si nos vieux conservateurs, qui, naguère, voulaient à tout prix préserver notre neutralité, n’avaient pas finalement un peu raison, lorsque le cosmos m’est tombé sur la tête…
J’en étais à ma quarante-sixième explication appliquée à propos de notre système de votation, et à la soixante-troisième dissertation sur l’histoire si particulière de notre pays, lorsqu’un petit garçon m’a tiré par la manche pour attirer mon attention.
Il était beau comme sont tous les gosses. Il avait de grands yeux couleur d’espoir, des cheveux tout bouclés et une culotte courte. Alors que je me penchais vers lui, cruel, il m’a posé la question qui tue:
– Dis, Monsieur le Suisse, maintenant que ton pays fait partie du monde, est-ce qu’il va aussi faire partie de l’Europe ?
swissinfo/Rolf Kesselring
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