Les Affluents torrides de Philippe Saire
Les trois danseuses et les cinq danseurs de la Cie Saire se risquent dans les périls de la rencontre jusqu'au ravissement du baiser.
La quintessence de la nouvelle chorégraphie, Les Affluents, se découvre dans un torride pas de deux. Une blonde sulfureuse et un brun ténébreux s’envisagent et se dévisagent. Puis, s’enlacent et s’entrelacent. Jusqu’à ne faire plus qu’un sur scène.
Dans leurs ébats, il y a tantôt méfiance et refoulement de l’un, tantôt attraction et désir de l’autre. Dans le mini-débat entre la troupe et le public, après le spectacle, une jeune spectatrice pose la question si ce que nous venions de voir sur scène n’avait pas «dépassé les limites de ce que l’on pouvait montrer en public…»
Figures érotiques osées
Le pas de deux était si bien interprété «qu’on avait l’impression qu’ils faisaient vraiment l’amour», continuait-elle. Et, à un moment donné, l’on a craint de ne savoir où s’arrêterait l’escalade de leurs attouchements».
Certains spectateurs s’en sont offusqués, d’autres ont perçu qu’on les emmenait dans une forme de voyeurisme. Mais la majorité du public a semblé ravi. Preuves incontestables que l’émotion du duo a passé.
Dans les Affluents, «j’ai choisi de rappeler, explique le chorégraphe lausannois Philippe Saire, qu’une caresse peut être le prologue d’un étranglement, qu’un baiser celui d’une dévoration».
En fait, les huit portraits de personnages du précédent spectacle Impostures se rencontrent dans la nouvelle pièce chorégraphique Les Affluents.
C’est ainsi que l’on rit beaucoup dans la salle. Car, comme un leitmotiv, le plus longiligne des huit danseurs revient inlassablement tenter de séduire le public en lui proposant une figure qu’il prétend à chaque fois pouvoir améliorer. «Je reviens, proclame-t-il, et je vous la refais!»
Un flingue pour se faire reconnaître
Mais un seul mot, dans la rencontre, peut valoir une fusillade. Un danseur sort son flingue. Il veut que son interlocuteur le regarde. Puis, tous pointent leur pistolet pour être entendus et reconnus.
Le chorégraphe vit avec son temps. Sa compagnie répétait Les Affluents au moment des attentats du 11 septembre à New York. Et elle se produisait à Lucerne, le soir même de la tuerie de Zoug.
Les Affluents est une pièce à la fois tragi-comique, où les huit personnages acceptent la rencontre et font tomber leur masque. C’est pourquoi l’on danse vrai sur le plateau.
Certes, le niveau des interprètes n’est pas époustouflant, le mouvement manque parfois d’ampleur, le geste de précision, mais leur force réside dans le risque qu’ils courent de danser comme de bons comédiens volants.
Au sol comme dans les figures aériennes, Philippe Saire a définitivement gravé son style de danse contemporaine. Ce n’est donc pas pour rien si la salle était pleine à craquer, jeudi soir, et si sa troupe est l’une des deux compagnies romandes à avoir été retenues pour Expo.02.
Emmanuel Manzi
Spectacle donné du 21 nov. au 2 déc. au Théâtre Sévelin 36 à Lausanne. Le 24 nov. au Stadttheater de Berne. Les 5 et 6 déc. au Forum de Meyrin. Et le 11 déc. au Théâtre Benno Besson à Yverdon-les-Bains.
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