«Les Papiers d’Aspern», entre nécessité et incapacité d’aimer
Le metteur en scène français Jacques Lassalle crée au Théâtre de Vidy-Lausanne la nouvelle de Henry James. Magistral.
Il faut ouvrir grand les yeux et les oreilles pour laisser s’installer la plénitude. Celle que Jacques Lassalle fait goûter à son public spectacle après spectacle. Invité depuis plusieurs saisons à travailler au Théâtre de Vidy, le metteur en scène y a présenté notamment «L’Homme difficile» de Hofmannsthal, «Le Misanthrope» de Molière et «Pour un oui et pour un non» de Sarraute.
Dans ce même lieu, il vient de créer «Les Papiers d’Aspern» d’après la nouvelle éponyme de l’écrivain américain Henry James, adaptée au théâtre par Jean Pavans. Lassalle y suit son chemin habituel, avançant, en terrain connu, vers les abîmes de l’âme et s’arrêtant de temps en temps pour décrire les hauts et les bas qui agitent les vies intimes.
Cette fois-ci, il fait halte à Venise, dans un palais où se déroule l’action enserrée de murs très hauts. Tellement hauts que le sol ne respire plus (décor Alain Lagarde).
Enquête et requête
Ici, tout concourt à l’enfermement: la terrasse du palais ne donne que sur le vide du ciel, les portes claquent sur des secrets et l’éclairage (Franck Thévenon) est crépusculaire. Ce qui instaure sur scène une atmosphère d’inquiétude plus sévère que ne l’aurait voulu sans doute Henry James qui s’amuse à faire cheminer ensemble enquête et requête.
Enquête d’un Américain passionné de lettres, John, (appelé dans l’adaptation Le Narrateur) qui débarque à Venise chez deux de ses compatriotes, la vieille Juliana et sa nièce Tita.
Son but? Mettre la main sur des écrits de Jeffrey Aspern, poète américain du XIXe siècle qui fut l’amant de ladite Juliana. Et requête amoureuse de Tita qui propose au Narrateur le mariage, en échange des écrits qu’il réclame.
Le troc échouera en raison de l’obstination des trois personnages incarnés par trois trésors (Françoise Seigner, dans le rôle de Juliana, Catherine Hiegel et Jean-Damien Barbin) qui jouent magistralement du paradoxe entre nécessité et incapacité.
On aurait dit qu’ils sont sans cesse tourmentés par leur froideur ressentie par chacun comme une impossibilité d’aimer. Aussi, leur interprétation donne-t-elle sa raison d’être aux «Papiers d’Aspern».
Ghania Adamo
«Les Papiers d’Aspern», à Lausanne, Théâtre de Vidy; jusqu’au 10 février. Tel: 021/ 619 45 45
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