Les rêves brûlent dans «La Cheminée»
Création au Théâtre de Vidy-Lausanne d'une pièce de l'écrivain bulgare Margarit Minkov sur l'abus de pouvoir. Décevant.
Les fenêtres n’ont parfois pas de volets; elles s’ouvrent sur des horizons plus larges que ceux de la réalité. Ce sont les fenêtres de nos têtes. Il y en a une comme ça dans «La Cheminée», pièce de l’écrivain bulgare Margarit Minkov (mort en 1997) que la Française Véronique Bellegarde crée au Théâtre de Vidy-Lausanne.
Sur scène, une femme vient très souvent se mettre face à cette fenêtre. Elle s’appelle Iris (Catherine Matisse). Elle rêve, ou plutôt se bat avec son passé. Son mari, Henri (Jean-Quentin Châtelain), le lui reproche: «Tu passes ta vie devant la fenêtre; à un moment donné tu ne tiens plus et eux, ils n’attendent que cela».
Eux, ce sont les gens du gouvernement. Nous sommes en Bulgarie. La chute du mur de Berlin vient d’avoir lieu et avec elle le bloc de l’Est s’écroule.
Une pièce datée
Ecrite à cette époque-là, «La Cheminée» porte les traces de cet écroulement. Elle en est la figure parabolique, ce qui lui donne aujourd’hui un côté poussiéreux, daté. De quoi se demander s’il était vraiment nécessaire de monter en 2002 une pièce qui condamne la dictature communiste, quand on sait qu’un autoritarisme d’un nouvel ordre s’est installé avec les Etats-Unis et leur abus de pouvoir.
Le pouvoir est précisément ce que craignent Henri et Iris enfermés dans leur appartement, avec pour seule ouverture vers l’extérieur une cheminée percée d’un trou. Mais cette sortie de secours, ils ne la découvriront qu’à la fin. En attendant, ils redoutent l’arrivée d’inquisiteurs censés arrêter le mari.
Au fur et à mesure que le spectacle avance, la phobie du couple s’amplifie. Mais là où l’on s’attend à un jeu nuancé qui pénètre subtilement la folie intérieure des personnages, on découvre une interprétation exubérante qui épouse par moments un ton boulevardier.
L’angoisse est alors récupérée par une gaieté pathétique dont Catherine Matisse use à souhait. Quant à Jean-Quentin Châtelain, il adopte un style qui privilégie l’esthétique clownesque. Ce qui nous vaut un numéro d’acteur époustouflant au milieu du spectacle. Pour le reste, on s’ennuie ferme.
Ghania Adamo
«La Cheminée»; à Lausanne, Théâtre de Vidy. Jusqu’au 19 janvier, et du 12 au 17 février. Tel: 021/619 45 45
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