Les sables bleus du peintre Gianadda
La Galerie de la Cité à Lausanne expose les peintures et les assemblages d'objets de Jef Gianadda. Où domine la superposition des bleus et de la cendre.
Son nom de famille évoque évidemment la Fondation de Martigny. Jef Gianadda est le cousin de Léonard Gianadda. Originaire du Piémont, la famille a donné naissance à deux branches: sédunoise et octodurienne. Aujourd’hui, à 40 ans, Jef Gianadda atteint sa maturité d’homme. A la fois dans la presse écrite, le théâtre et la peinture.
Jef Gianadda parle de ses œuvres comme de nouveaux travaux. Il s’agit d’une part de tableaux sur toile et, d’autre part, d’objets en forme d’arbres qui sont la résultante d’assemblages d’éléments comme des pierres et des métaux. Loufoque à souhait.
Obsession de la superposition
Ce qui frappe d’entrée, c’est l’obsession de l’artiste à couvrir et recouvrir la surface de ses toiles d’innombrables couches successives. Pour arriver à des effets de transparence. Qui incite à deviner les précédentes couleurs.
«Je ne sais pas si on peut parler d’obsession, mais c’est en tout cas une méthode à laquelle je tiens actuellement, explique Jef Gianadda. Peut-être qu’un jour, j’arriverais à faire la démarche inverse.»
«Mes premières couches trahissent par la gestuelle mes élans, alors qu’au fur et à mesure que je rajoute des couches, la peinture devient plus discrète, subtile, légère et fine.» Etonnamment.
Reste que l’on peut se demander pourquoi Jef Gianadda accorde tant d’importance à la superposition de ses couches, du moment que les premières couleurs sont souvent à peine perceptibles dans l’œuvre finale. «Quand je travaille, je ne sais jamais combien de couches je vais peindre et quand je vais m’arrêter. Chaque couche peut être la dernière…»
Ce n’est pas vraiment de la peinture gestuelle, ni de la peinture abstraite, mais comme l’a relevé Erika Billeter, l’ancienne directrice du Musée cantonal des Beaux Arts, «c’est de la peinture pour de la peinture».
Toujours est-il qu’un sentiment – la mélancolie – transparaît dans les tableaux de Jef Gianadda. Elle trouve sa source dans les teintes sombres qui dominent la palette de l’artiste.
Si la mélancolie, le calme et l’apaisement habitent les peintures de Jef Gianadda, c’est l’inverse dans les montages d’objets exposés. Ils transpirent une joyeuse folie et un goût du voyage.
Jef Gianadda est, en effet, un grand voyageur. Grâce à son métier de journaliste, mais aussi pour son propre compte, il a visité l’Asie et l’Amérique du Sud. On se souvient l’avoir rencontré, descendant la rue de Bourg, encore émerveillé par une éclipse solaire à laquelle il venait d’assister en Extrême-Orient.
Les silences intérieurs
Mais ce qui est encore plus déconcertant dans la peinture de Jef Gianadda c’est l’apport des cendres dans les couleurs. «La cendre est sacrée. En Afrique, on trace des cercles de cendres à l’intérieur desquels on place soit un couple, soit une famille pour résoudre un problème».
«Et j’adore la texture des cendres, car elle donne un grain particulier à la couleur sur la toile qui devient alors un peu matière. En outre, il reste parfois des résidus calcinés dans la cendre qui donne du relief au tableau. Je mélange souvent la cendre au sable dans mes toiles.»
L’un de ses plus beaux tableaux s’intitule «Silences». «C’est une toile qui, pour moi, évoque le repos intérieur mais aussi l’attente. Ces bleus sont autant de sons muets criant les silences intérieurs.»
Emmanuel Manzi
Galerie de la Cité à Lausanne; 6, rue de la Barre (à côté du Château); tél.: (021) 312.80.12. Ouverture mardi à vendredi 10h-12h/15h-18h; samedi et dimanche: 14h-17h.
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