Longues nuits du court
Temps forts du festival «Cinéma tout écran» de Genève: ses nuits du court-métrage. Quand le cinéma se transforme en joyeux campus.
Le public s’est déplacé en masse. Moyenne d’âge, 18 à 25 ans, on se croirait à un concert. Un jeune gars a même pris le titre du programme au pied de la lettre: il a son sac de couchage avec lui.
Certains suivront toutes les projections. D’autres alterneront salle sombre et bar, il faut bien alimenter la machine. Car, pendant des heures et des heures, les films vont se succéder, suscitant régulièrement les applaudissements du public, étonnement concentré et attentif malgré le rythme soutenu.
En deux «nuits», jeudi et vendredi, Cinéma tout écran proposait environ 80 films, d’une durée de 2 à 30 minutes. Une vaste sélection de films internationaux, et deux «cartes blanches», l’une Au British Concil, l’autre à la chaîne française Canal +.
Pour toutes les humeurs
Dire que nous avons tout vu serait mentir. Entre les projections, des interviews et l’écriture d’articles, il faut tout de même trouver quelques plages de sommeil. Mais l’échantillon faisait regretter de ne pas avoir tout suivi, car la gamme est vaste.
Images léchées pour un mini polar social («Bamboleho» de l’Espagnol Luis Prieto, ironie clin d’œil et parodie des films d’action dans «Week End Break» du Suisse Jean-Paul Cardinaux. Délire animé des petites figurines de notre enfance – le cow-boy, l’Indien, le cheval – dans «Panique au village – le gâteau» des Français Stéphane Auber et Vincent Patar.
Coup de chapeau à Canal +, dont la sélection était remarquable et particulièrement diversifiée. On en retiendra toutefois surtout l’humour. «Peau de vache» de Gérald Hustache-Mathieu raconte l’histoire et la métamorphose d’une jeune paysanne amoureuse d’un taureau. Surprise à l’arrivée.
Quant au «Grand Oral» de Yann Moix, il ne faudrait pas le projeter dans une école catholique de jeunes filles. Cet examen particulièrement décalé, dont le titre suscite déjà des soupçons, est hilarant. Saviez-vous ce qu’est un DDLC? Non? Alors débrouillez-vous pour voir ce film.
Laboratoire ou genre en soi?
Les gens du milieu cinématographique affirment que le court-métrage est un genre en soi, et pas seulement un exercice d’échauffement pour cinéaste en devenir. C’est vrai. Et pourtant, force est de constater que les cinéastes, une fois atteint le stade et surtout la possibilité du long-métrage, négligent généralement le court. Sinon dans le cadre de la publicité, et là, l’enjeu est évidemment financier.
Mais c’est peut-être ce phénomène qui participe à la force du court-métrage. Réalisés par de jeunes créateurs, impatients de prouver ce qu’ils savent faire et bouillonnants d’idée, ces petits OVNIS, quand ils sont réussis, sont souvent d’une densité et d’une construction exemplaires.
Bernard Léchot
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