Nuits blanches bercées par la poésie
Le théâtre de Vidy-Lausanne accueille «La prochaine fois que je viendrai au monde». Un très beau spectacle signé Jacques Nichet.
Dans la nuit du théâtre, trois ombres tentent d’échapper à l’enfermement d’un dortoir de collège en arrimant leur imaginaire à celui de quelques poètes. Fiévreusement, ils arpentent les travées qui séparent les lits.
Onze lits posés en quinconce sous le chapiteau de Vidy où se joue «La prochaine fois que je viendrai au monde». Sur les sommiers, juste des oreillers et des couvertures bien pliées. De dormeurs, il n’y aura point.
Les grands poètes au rendez-vous
D’ailleurs, comment dormir lorsqu’il s’agit d’accompagner les plus grands poètes du siècle dernier: Aragon, Adonis, Neruda, Machado, Michaux, Maïakovski, Pessoa, Char… dont les voix sont portées par Hélène Alexandridis, Denis Lavant et Frédéric Leidgens. Trois acteurs, et non des moindres, très bien dirigés par le metteur en scène français Jaques Nichet.
Lequel a disposé les textes en cinq parties et autant de «nuits blanches», comme pour répondre à Aragon qui écrit: «Le poème a comme la vie un caractère d’insomnie». Insomniaques seront donc les trois acteurs, collégiens d’un soir pris dans le tourbillon des consciences ivres.
Ivres d’amours fraîches, d’illusions perdues, de souvenirs d’enfance, de bonheur et de douleur devant les mystères non percés de la vie. Ivres aussi de lumière. La lumière de l’aube orientale: «Je retenais le soleil par la cheville/Quand il sortait de sa nuit», dit le poète syrien Adonis.
Arrêter le temps…
Jacques Nichet a ouvert de belles perspectives dans l’enchevêtrement de ces voix poétiques. Son choix de poèmes suit une courbe qui va de l’ardent éveil des sens à l’apaisement final en passant par les tourments de l’âge mûr.
Ses acteurs savent rendre palpables les pouls affolés dans la nuit où chacun cherche sa lumière. Où les minces piliers du chapiteau brillent comme bouleaux sous la lune. Où l’inquiétude se dissipe sous ces mots du poète finlandais Penti Holappa: «La prochaine fois que je viendrai au monde, je transcrirai chaque minute dès le début./ Je n’en consommerai pas une seule sans réfléchir d’abord, et le cas échéant j’arrêterai le temps afin qu’il attende ma décision».
swissinfo/Ghania Adamo
«La prochaine fois que je viendrai au monde», à Lausanne, Théâtre de Vidy; jusqu’au 21 avril. Tel: 021/619 45 45
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