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Oui à l’identité, non au birchermüesli!

Daniel Rossellat. En arrière-plan, le «Palais de l’Equilibre». swissinfo.ch

Le 20 octobre, Expo.02 fermera ses portes. C'est donc l'heure des impressions subjectives, en attendant les bilans chiffrés.

Dans cette perspective, nous vous proposons plusieurs rencontres. A commencer par Daniel Rossellat, patron des «Events».

Expo.02, «ce fut» quatre arteplages, et un cinquième, le bateau pirate jurassien. 37 pavillons, aux thématiques diverses. Mais aussi entre 60 et 100 animations ou spectacles par jour, soit 12 à 13.000 au total à l’arrivée, le chiffre final exact n’est pas encore connu.

Responsable de ce secteur, qui inclut également les journées officielles, le Vaudois Daniel Rossellat. Avant le début des festivités, le patron du Paléo Festival avait une expression bien à lui: «Expo.02, pendant cinq mois, sera la capitale culturelle de la Suisse». Alors, pari gagné ?

«C’était un souhait. Pas par vanité: être le plus grand, organiser le plus de spectacles. Mais dans le but de créer un vrai lieu de rencontre, d’animation, un lieu où il se passe toujours quelque chose. De ce côté-là, on a atteint nos objectifs.»

Fréquentation honorable des spectacles

«Les gens se sont montrés aussi curieux et tolérants qu’on pouvait l’espérer», ajoute-t-il. Pour faire court, disons que les spectacles gratuits ont attiré sans problème les flâneurs. Quant aux spectacles payants, ceux qui bénéficiaient d’une affiche connue ont très bien marché. Beaucoup moins par contre les créations d’artistes de faible notoriété.

«On s’est aperçu très vite que le public était très sélectif dès qu’il devait payer une entrée supplémentaire», constate le patron. Vers quels types d’événements sont allés ses coups de cœur? Vers «ceux qui ont été réalisés dans l’esprit de l’expo». Par exemple ‘Carmina Burana’, interprété par un brass band jurassien, avec des chœurs du Jura et de Russie. Ou des créations théâtrales comme «Fantasma» ou «Artemisia».

L’addition plutôt que le mélange

Les «Journées cantonales» ont rythmé les cinq mois d’Expo.02. Des journées qui avaient pour but «d’inviter les cantons à utiliser l’expo comme vitrine culturelle, et de ne pas en faire une manifestation de propagande touristique» explique Daniel Rossellat.

Là aussi, celui-ci s’affirme heureux du résultat: «Les cantons ont pleinement joué le jeu, il y a eu des journées magnifiques avec une vraie mise en valeur du patrimoine culturel vivant de chaque canton».

De manière plus générale, la «communion» interculturelle a-t-elle vraiment eu lieu à Expo.02 ? «Il faut admettre les différences, pas les nier. On a la chance de vivre avec quatre cultures, bien plus si on tient compte des communautés étrangères qui vivent chez nous. Or il est mieux de vivre avec ses différences plutôt que de tenter de faire une sorte de birschermüesli en mélangeant tout.»

Et Rossellat de préciser sa pensée, en évoquant des expériences multilingues comme «Black Tell» ou la création théâtrale du 1er août: «Faire des spectacles dans les quatre langues, pour les quatre cultures, c’est peut-être politiquement correct, mais le résultat est parfois décevant. Je préfère que chaque culture accepte pleinement son identité et la défende. C’est l’addition de ces identités qui fait la richesse, pas le mélange.»

«L’affaire» Rochaix

Si, de manière générale, les «events» sont un secteur qui a été relativement épargné par la critique, le spectacle d’ouverture avait représenté une exception notable: on se souvient du lynchage médiatique vécu par le metteur en scène François Rochaix. Et Daniel Rossellat que face au poids des attentes, la déception pour cause de manque d’émotion était au rendez-vous.

Une explication? «Le piège a peut-être été la technique, qui aurait dû être un moyen, un outil, et qui est devenue une contrainte, presque un but. Mais je pense qu’il n’a pas manqué grand chose pour que le spectacle soit réussi.»

En temps que patron des «Events», Daniel Rossellat se sent-il responsable de ce demi-échec? «Mon rôle était de choisir des gens, de mettre en valeur des talents. François Rochaix a un vrai parcours. Et il a fait du Rochaix, pas du Rossellat! Mais tous les grands metteurs en scène, tous les grands cinéastes ont réalisé des œuvres qui ont été plus ou moins bien acceptées».

«L’affaire» Rochaix s’est récemment conclue par l’annonce que le nouveau directeur du Théâtre de Carouge jetait l’éponge – ou était amené à jeter l’éponge -pour la cérémonie de clôture. «Mais rassurez-vous, ça s’est fait de manière très élégante, il n’y a aucun problème entre François Rochaix et moi», précise Daniel Rossellat.

La force dans la diversité

Expo.02: une manifestation de cinq mois, mais des années de préparation et de psychodrame national. Qu’est-ce que l’ensemble aura révélé de la Suisse et des Suisses? «La peur des grands projets, la peur des choses qui bousculent, qui dérangent. Et puis le fait que, quand ça fonctionne, l’adhésion a lieu quand même», répond Daniel Rossellat.

Sa plus grande fierté consiste dans le fait que, pour la première fois, le spectacle vivant a été une véritable composante d’une exposition nationale. Et y a imprimé sa marque: «Il n’y a qu’à voir le succès des arteplages, le soir. Neuchâtel et Bienne ont eu une fréquentation en soirée qui a dépassé toutes les attentes, même les plus optimistes.»

«Et ça c’est une des belles réussites de l’expo. Que les gens apprennent à se voir, à se parler dans une atmosphère positive et chaleureuse. C’est quelque chose de moins spectaculaire qu’une grande création artistique, mais c’est important. Là, on a vraiment laissé une trace.»

Et quelle trace Expo.02 aura-t-elle laissé sur Daniel Rossellat? «Ça a été un marathon: un festival de 160 jours, avec 25 lieux scéniques, sur 4 endroits, c’est énorme, il n’existe pas de comparaison possible. C’était donc une expérience assez incroyable. C’est clair, il y a eu des moments vraiment difficiles, à la limite du découragement. Mais il y a aussi eu de vraies émotions, de vrais instants de bonheur.»

Mais c’est sur les autres que Daniel Rossellat va mettre le poids pour conclure: «On a pu voir qu’avec les mêmes concepts, les mêmes structures, les mêmes règles, sur chaque arteplage, le fonctionnement et l’esprit étaient un peu différents. Parce que la touche humaine l’a emporté sur tous les concepts. Et ça, c’est un élément très rassurant.»

«Les caractères, les expériences, les cultures des uns et des autres ont contribué à façonner ce projet : à lui donner des couleurs différentes tout en lui apportant une identité forte. Et j’aime l’idée que des gens, à tous les niveaux, ont pu influencer Expo.02».

swissinfo/Bernard Léchot

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