Paul Simon enchante le Montreux Jazz Festival
Avec ses nouvelles chansons et ses plus vieux succès, le petit homme à la guitare fait vibrer l'Auditorium Stravinski avec ses onze musiciens.
Le concert débute par le somptueux «Bridge Over Troubled Water», dont l’accompagnement est assuré par un violoncelle. Avec une telle chanson, le public est conquis d’entrée. Mais on ne peut s’empêcher de songer à son ancien compère Art Garfunkel…
Toujours est-il que Paul Simon en interprète une version raccourcie. Puis il enchaîne avec «Graceland» et «You’re The One». Sa voix se chauffe et ses musiciens prennent leur marque. Le son est remarquable.
Très vite, on s’aperçoit que Paul Simon a choisi de débuter avec trois titres à dimension spirituelle ou métaphysique. Trois titres qui retracent aussi sa longue carrière. Ses débuts folk en duo avec Garfunkel. Son aventure dans le métissage musical. Et ses questions existentielles qui caractérisent son dernier album sorti en 2000.
Cet éternel adolescent
L’homme n’a pratiquement pas vieilli. Il a toujours cette dégaine d’adolescent attardé. Coiffé d’une casquette noire, Paul Simon est vêtu d’un tee-shirt verdâtre et d’un jean noir. De la manière la plus simple.
Autour de lui, onze musiciens représentant tous les continents: trois cuivres sur le côté droit, deux claviers sur le côté gauche et trois percussionnistes au fond de la scène, dont son fidèle et fabuleux batteur, Steve Gadd. Sans oublier un bassiste et deux guitaristes. «Dieu que ça balance bien!»
Paul Simon et son «band» enflamment véritablement la salle comble de l’Auditorium Stravinski à partir du quatrième morceau «50 Ways To Leave Your Lover». Le titre est agrémenté d’un solo de piano jazz doublé par une intervention de trombone à coulisse. L’instrumentation s’étoffe, se développe puis se meurt sur un roulement de tambour militaire.
Paul Simon abandonne alors ses guitares. Il ne chante plus caché derrière son instrument. Du coup, il gesticule avec ses doigts et ses mains. C’est que le petit homme est très timide. Ce n’est pas exactement un «show man», mais avant tout et surtout un très grand «songwriter».
De l’Irlande à l’Afrique du Sud
Ici, l’accordéon et les guitares s’envolent pour un air de folk irlandais. L’instant d’après, l’ensemble se lance dans un rock endiablé. Mais c’est sur les airs et les rythmes d’Afrique du Sud que Paul Simon et son groupe séduisent définitivement le public montreusien.
Encore que l’un des plus beaux moments restera l’interprétation de cette autre chanson de son dernier album «The Teacher». Une berceuse que Paul Simon décline presque seul sur scène dans le bleu rosé des lumières. Comme une prière à «Celui» qui guide ses pas.
Mais le concert ne s’arrête pas là. Paul Simon passe en revue tous ses plus grands succès, dont «Diamonds On The Soles Of Her Shoes» chanté a capella avec trois de ses compères dans une version gospel entraînante et chaleureuse.
Un géant de la pop
Le concert touche à sa fin. Ils jouent déjà depuis près de deux heures. «The Boxer» clôt le répertoire. Normal, c’est une vieille chanson fédératrice. Le public reprend le fameux refrain des «lai lai lai…», avec le gros coup de grosse caisse qui ponctue chacune des envolées vocales.
Cependant, le petit homme à la guitare reviendra gratifier le public montreusien de plusieurs rappels. Et là encore, Paul Simon plonge dans son passé pour chanter Mrs Robinson et «Still Crazy After All These Years». Les guitares et l’orgue résonnent encore dans nos têtes.
Décidément, l’artiste américain fait partie de ces géants de la «pop music» qui peuvent émouvoir le même soir deux voire trois générations. Celles de Montreux s’en souviendront encore longtemps.
swissinfo/Emmanuel Manzi à Montreux
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