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Potlatch… tout ça pour ça

Pour un soir, festival et TV étaient tristement synchrones swissinfo.ch

«Potlatch», de Pierre Maillard, était présenté conjointement jeudi soir au festival «Cinéma tout écran» et sur la 2e chaîne de la TSR. Etait-ce bien nécessaire?

Le cinéma suisse, on le sait, a bien des difficultés à exister sur les grands écrans de notre pays. «Il est difficile d’attirer l’attention des spectateurs romands sur nos propres productions. Lorsque le bouche à oreille commence à porter ses fruits, deux à trois semaines après la sortie, le film est déjà en train de quitter l’affiche », confiait Pierre Maillard à La Tribune de Genève.

Alors on tente de nouvelles et étonnantes stratégies: ainsi « Potlatch » a-t-il été présenté jeudi soir en avant-première dans le cadre du festival «Cinéma tout écran» à Genève, et parallèlement sur la 2e chaîne de la Télévision suisse romande, précédant de peu sa sortie en salle.

«On va faire un grand potlatch!» dit Antoine, l’un des personnages principaux alors qu’il s’apprête à incendier la maison dont il a cohérité avec sa sœur Claire et son frère Mathieu. Un ‘potlach’ était semble-t-il un rituel amérindien où l’on s’échangeait des cadeaux pour les détruire immédiatement.

Et on regrette qu’il ne le fasse pas sur-le-champ, histoire de mettre un terme à cette histoire qui à cet instant nous a déjà coûté moult soupirs. Non sans regret, d’ailleurs: «Conjonction de talents pour une réussite époustouflante», disait le programme du festival. «Un film en état de grâce», lisait-on ailleurs. Ah bon.

Génération, quelle génération?

La maison héritée est quelque peu défraîchie. Mathieu, BCBG tendance fade (Julien George), voudrait la retaper. Antoine, chevelu égocentrico-rebelle (Olivier Lafrance), la squatte avec des copains et se fout du délabrement. Claire, dépressivo-introvertie (Anne-Shlomit Deonna), navigue à vue entre les deux pôles que sont ses frères.

«Potlatch» aspire à être, nous dit-on, le portrait d’une génération. Bien sûr, on dit «baiser», «branler» et «cul», mais la vacuité des individus et la banale trivialité du langage suffisent-ils à rendre ce portrait convaincant?

Les dialogues sont désespérément mornes, et quand soudain les protagonistes tentent un trait d’esprit («Qu’est-ce que tu fais là?» dit l’un… «J’suis venu chercher le testicule que j’ai oublié hier soir» dit l’autre), on est gêné tellement cela sonne faux. L’ange de Michel Audiard passe devant nous, la larme à l’œil.

Prétention et maladresse

Au-delà des faiblesses du scénario et des dialogues, c’est donc également le jeu de certains comédiens qui est en cause. L’impression parfois de suivre une répétition, un ban d’essai…

Et on n’est pas loin du compte, puisqu’il s’agit bien d’apprentis comédiens. Mais pas n’importe lesquels: il s’agit tout de même des élèves de l’ESAD, l’Ecole supérieure d’art dramatique de Genève, et l’initiative de ce projet est à porter au crédit de Claude Stratz – LE Claude Stratz – récemment nommé à la tête du Conservatoire national d’art dramatique de Paris.

Claude Stratz à l’origine du projet, Pierre Maillard à la réalisation, les élèves de l’ESAD comme interprètes, la TSR en guise de clé de voûte… A l’arrivée, on pouvait vraiment rêver mieux. Pourquoi un certain cinéma suisse se complaît-il tant dans cet étrange mélange de prétention et de maladresse?

Bernard Léchot

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