Regards croisés sur la mode et la photographie
Au Musée de l'Elysée à Lausanne, trois expositions traitent des rapports entre la photographie et la mode. Deux disciplines quasi indissociables.
Le musée lausannois expose, en effet, le travail de trois grands photographes de mode: les démarches radicales du New-Yorkais Steven Klein et du Parisien Gérard Uféras, ainsi qu’un hommage au Français Jean Moral (1906-1999).
L’œil capteur
Incontestablement, Jean Moral a été la figure emblématique de la modernité des années 1930 à Paris. Ses cadrages serrés, ses recherches de chambre noire (solarisations, photogrammes et surimpressions) l’ont imposé comme un représentant de la «Nouvelle Vision».
A travers les images de sa femme Juliette, Jean Moral illustre le nouvel idéal de vie des années 1920-1930: celui de la femme libérée, dynamique et heureuse de passer des vacances au grand air.
Jean Moral sera l’un des premiers à faire sortir les mannequins dans les rues pour les immortaliser sur la pellicule. Il sera d’ailleurs le seul photographe de mode français reconnu sur la scène internationale.
American beauty
A New York, Steven Klein figure parmi les photographes les plus en vue. L’Américain s’exprime aussi bien dans la publicité que dans le stylisme.
Dès les années 1990, Steven Klein se fait remarquer en réalisant des campagnes publicitaires sulfureuses avec des célébrités. Son objectif rend une vision hyper-sexualisée de la mode masculine.
L’acteur Brat Pitt, par exemple, apparaît tel un Néron contemporain devant une forêt en flammes. Alors que le mannequin allemand Claudia Schiffer se retrouve dans le rôle d’une banale téléspectatrice boulimique.
Les mises en scène insolites et désabusées de Steven Klein sont révélatrices d’une convergence entre art contemporain et photographie «trash».
L’étoffe des rêves
Gérard Uféras, lui, est d’abord un explorateur des coulisses d’opéras. Ce n’est qu’à partir de 1999 qu’il s’introduit dans l’univers du stylisme.
Le photographe parisien a promené son objectif dans l’envers du décor des défilés. Ses images en noir et blanc s’attardent ainsi sur un détail significatif, un geste ou un regard croisé à l’improviste. Ces petits incidents deviennent de grands événements sur sa pellicule.
C’est donc l’ombre des coulisses et la lumière des sunlights qu’a photographié Gérard Uféras. D’un point de vue social, ses photos montrent les conditions de travail souvent pénibles de ces belles jeunes femmes mannequins.
En résumé, les trois photographes exposés à l’Elysée sont des précurseurs. Si Jean Moral réforme la photo des années 1930, Steven Klein, lui, rompt avec la beauté classique, alors que Gérard Uféras porte un regard empathique sur les coulisses de la mode.
swissinfo/Emmanuel Manzi
Tous les jours 11h-18h. Jusqu’au 2 juin.
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