RETROSPECTIVE 1999: l’ultime exil d’un reclus
7 mars 1999: décès de Stanley Kubrick.
7 mars 1999: décès de Stanley Kubrick.
L’auteur de «2001» et d’«Orange Mécanique» disparaît le dimanche 7 mars 1999. Perfectionniste jusqu’à la névrose et d’un pessimisme sans fond, il laisse une oeuvre moderne, hétéroclite, magistrale. Le cinéaste, mort à son domicile londonien à 70 ans, venait de terminer «Eyes Wide Shut» (photo), son premier film depuis douze ans.
C’était un dimanche de gueule de bois qui s’achevait par un coup de hache. Les cinéphiles appréhendaient 1999 comme l’année du grand reclus du cinéma: Stanley Kubrick. Son nouveau film était un événement marqué en rouge vif dans les agendas: «Eyes Wide Shut», dont la première projection, après deux ans de tournage et des mois de montage, était promise pour juillet. En disparaissant le 7 mars, Kubrick devançait cette échéance qui devait mettre fin à douze ans d’absence. Tristesse et ironie du désespoir, la nouvelle de sa mort n’a pas tellement surpris. Pourquoi donc?
En 1961, Stanley Kubrick s’exile des Etats-Unis, sa terre natale, pour échapper aux tourments que suscite l’adaptation de «Lolita». Le cinéaste s’installe en Grande-Bretagne et devient l’ermite le plus secret du cinéma contemporain. Dès cette date, il choisit personnellement ses interviewers, fait surveiller l’état des salles qui projettent ses films, contrôle la diffusion de son oeuvre comme aucun artiste ne l’a jamais fait. Or il se trouve qu’«Eyes Wide Shut» devait être, après «Lolita», le seul film de Kubrick qui parle explicitement de sexe et de chair.
En 1961, il avait choisi l’exil. En 1999, cette option était exclue par la position de démiurge qu’il s’était créée, maître de son art, de l’idée première à la diffusion finale. «Orange mécanique» sortait en vidéo? Kubrick l’avait voulu. Vous aviez assisté à une projection de «Barry Lyndon» en plein air? Il était sans doute au courant. Où aurait-il pu s’exiler encore après une telle maîtrise sur l’un des arts les moins maîtrisables?
Thierry Jobin
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