RETROSPECTIVE 1999: la guerre entre cinéastes et critiques reprend
25 novembre 1999: les réalisateurs français publient un manifeste contre les journalistes.
25 novembre 1999: les réalisateurs français publient un manifeste contre les journalistes.
Les quotidiens “Le Monde” et “Libération” publient le 25 novembre un manifeste de réalisateurs qui suscite la polémique. Les artistes demandent qu’aucune critique négative ne soit publiée avant le week-end qui suit la sortie en salles. Le débat pourrait-il enflammer d’autres pays, et en particulier la Suisse, où les accusations, toujours latentes, pourraient éclater au Festival de Soleure en janvier?
Ça sentait le soufre depuis plusieurs mois. Au détour de rencontres avec des cinéastes français, ceux-ci glissaient des piques contre leurs compatriotes critiques. Ce 25 novembre, les insinuations de couloir ont pris corps: les quotidiens “Le Monde” et “Libération” publiaient un manifeste intercepté alors que les cinéastes français achevaient tout juste de le signer.
Le réalisateur Patrice Leconte a allumé la mèche le 25 octobre, dans un entretien accordé à “Libération”. Commentant une lettre destinée à ses collègues, le cinéaste jugeait néfaste et violente une partie de la critique française. Sur bien des points, il était impossible de ne pas lui donner raison: l’attaque personnelle, manière de dénigrer une oeuvre à travers le physique d’un acteur ou d’un metteur en scène, est impardonnable.
Mais le texte révélé le 25 novembre, par contre, prête à plus de bémols. C’est-à-dire qu’il ne fait pas tout à fait honneur à sa phrase d’introduction: «Nous ne contesterons jamais la liberté d’expression». Ses auteurs accusent les critiques de tuer le cinéma français, de ne pas assez aimer le septième art pour pouvoir prétendre donner envie. Donner envie? N’est-ce pas d’abord le travail des départements publicitaires? La question trouve une réponse dans le point central des revendications: «Nous souhaiterions qu’aucune critique négative d’un film ne soit publiée avant le week-end qui suit la sortie en salles». Et pourquoi pas, pour simplifier, qu’aucune critique négative ne soit publiée?
Le débat fait souvent rage dans les couloirs, jusqu’en Suisse, et le prochain Festival de Soleure, consacré au cinéma helvétique, dira si les cinéastes entendent faire déborder la polémique au-delà de la seule querelle franco-française. C’est là aussi un des grands suspenses de l’an 2000.
Thierry Jobin
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