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Rolf Kesselring: Femmes d’honneur!

Rolf Kesselring/swissinfo/SRI

«Cartes postales» de créateurs suisses expatriés... Rolf Kesselring, écrivain, ancien éditeur, nous adresse son courrier de la région de Nîmes

Le feuilleton afghan se déroule chaque jour devant nos yeux blasés. La guerre est devenue ordinaire. Simples images mille fois répétées pour nous dire que tout est pour le mieux dans le pire des mondes possibles.

Plus rien ne peut nous surprendre. Tout est devenu spectacle lamentable et ordinaire. Plus rien ne peut nous atteindre, plus rien n’arrive à nous émouvoir désormais. Nous avons vu et revu le comble de l’horreur. Nous sommes ivres de malheur et d’impuissance.

Fantômes bleuâtres

Parfois, surgit l’ignominie dans l’horreur. Cela se passait ces jours derniers, à Kaboul. Images fugitives, je suis tombé en arrêt, indigné, en regardant les nouvelles à la TV. Une petite dizaine de femmes manifestaient … pour ne plus mendier, pour ne plus crever de misère et d’indifférence.

Fantômes bleuâtres, elles se tenaient bien droites sous la chape de tissu imposée. Une seule montrait son visage. Dans ces silhouettes vagues, on pouvait sentir la peur et la détermination mêlées.

À peine, les avais-je entrevues, qu’un petit chef de l’Alliance du nord – vous savez ces bons Afghans! – surgit et les insulte. Il s’en prend à ces femmes et les fait refluer. Autre chaîne, autres images… Cette fois, ce sont de jeunes hommes même pas barbus qui, munis de triques, les frappent avec hargne. Un d’entre eux, le plus costaud, va jusqu’à les frapper à coups de pieds dans les fesses

Des femmes d’honneur

Plus tard, une caméra me les fait rencontrer dans une maison, à l’abri de ces alliés de nos armées occidentales qui combattent, à ce qu’on nous dit pour une «immuable liberté». Elles ont quitté le voile. Elles redeviennent des femmes vivantes. Elles se serrent autour de la plus brave d’entre elles. J’apprends qu’elle se nomme Soraya Palica, femme d’honneur. J’entends qu’elles prennent ces risques pour avoir le droit de travailler et d’exister. Tout simplement !

C’est le dessinateur Siné qui, en mai 68, disait «j’aurais voulu que ma Mobylette n’ait pas de moteur… pour pédaler!». Moi, récemment, j’aurais voulu devenir une femme. Une femme comme Soraya et ses compagnes, là-bas à Kaboul!

Rolf Kesselring

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