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Se perdre dans la fête

Le bonheur, «une notion très contemporaine». SP

A Lausanne, le metteur en scène romand Fabrice Gorgerat se prépare à créer «Du talent pour le bonheur».

Un spectacle de son cru, dans lequel il vit, avec six comédiens, les petits instants agréables volés au quotidien.

Réveil, boulot, apéro. Trois moments d’une journée prélevés sur notre quotidien et racontés dans un spectacle écrit et mis en scène, au Théâtre de L’Arsenic, par Fabrice Gorgerat, directeur de la «Compagnie Jours Tranquilles».

Cela s’appelle «Du talent pour le bonheur». Et Dieu sait s’il en faut, du talent, pour être heureux sur terre.

Depuis que le monde est monde, on n’en a pas fini de se poser des questions sur le bonheur. Y a-t-il une recette pour se le procurer? «Certes non», répond Gorgerat en riant.

Bien sûr, on ne s’attendait pas à ce qu’il nous en donne la formule. D’autant que le bonheur pour lui est largement tributaire d’une conception personnelle du bien-être.

«C’est une notion très contemporaine, explique-t-il. Avant, le bonheur était lié au sacré, à Dieu. On ne pouvait l’obtenir que dans l’au-delà. Dès l’avènement des Lumières, l’homme est devenu responsable de son propre destin. Depuis, il a appris à s’ajuster à la vie».

Entendez, à jongler pour se libérer du quotidien, ne serait-ce que quelques instants. Ces instants de suspens qui permettent de faire barrage à la morosité: siroter un café, déguster un porto…

Un brin de cynisme



«C’est aussi simple que cela, commente le metteur en scène. Ce sont des petits moments, apparemment insignifiants, qui créent nos petits bonheurs». Et il insiste sur le pluriel de ce dernier mot, comme Bertold Brecht qui ne concevait le bonheur que dans la multiplicité de ses manifestations anodines.

Fabrice Gorgerat, 31 ans, appartient à cette génération de metteurs en scènes qui trouvent un immense plaisir à aller contre les dérives de notre société. Laquelle calibre et formate le bonheur.

Récemment, l’Argentin Rodrigo Garcia se livrait à une attaque sanglante du monde consumériste dans un spectacle donné à Genève. Gorgerat, lui, ne va pas jusqu’à dresser un tableau écœurant de ce monde-là. Il observe tout simplement. Mais dans son observation il y a, néanmoins, un brin de cynisme.

«Aujourd’hui, lâche-t-il, on nous donne plein de représentations du bonheur: une île paradisiaque, une femme canon, une grosse bagnole… Si on ne colle pas à ses représentations, on se retrouve handicapé».

L’astuce consiste donc à y échapper. Pour ce faire, Gorgerat s’alimente de ses propres envies. Il les fait exister: «Dans mon spectacle, je parle beaucoup du rapport à la fête». A ce désir de se perdre constamment, sans lequel il est un homme mort.

swissinfo/Ghania Adamo

«Du talent pour le bonheur». Lausanne, Théâtre de L’Arsenic. Du 22 au 30 novembre. Tel: 021/625 11 36

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