Subnee ou le sens du hasard
«Extravéhiculaire»: le groupe suisse alémanique Subnee, mené par la chanteuse Carla Maurer, sort un premier album... entièrement en français. Pas banal.
Jolie pochette violette et noire, au graphisme mystérieux et élégant. Sur le disque, 12 titres, qui oscillent entre climats atmosphériques et chanson légère. Beaucoup de programmations, mais aussi la chair de vraies guitares et de chœurs qui enveloppent par moments la voix de Carla Maurer.
Une voix au grain délicat, et à l’intonation venue d’ailleurs. De Saint-Gall, pour être précis. L’accent suisse alémanique n’est pas vraiment réputé pour sa légèreté? Carla Maurer fait mentir la règle: le sien est chantant, légèrement maniéré, habité d’un charme indéniable. Pour situer approximativement l’ambiance vocale, on pourrait dire qu’on se trouve quelque part entre Axelle Red et Michael Von der Heide…
La langue de Piaf et de Gainsbourg
Chanteuse pop, Carla Maurer? Par hasard. Alors qu’elle voyage en Autriche, elle rencontre dans un train un homme avec lequel elle entre en contact. A tel point qu’à Innsbruck, au lieu de poursuivre son chemin, elle descend avec lui. Ils font de la musique. Le frère du musicien en question deviendra le producteur de la jeune femme.
Les premières esquisses musicales se font en anglais. Mais, ne maniant pas très bien l’idiome de Shakespeare et de Bowie, Carla propose d’essayer en français: «Ce n’est pas ma langue maternelle. Mais il y a trois ans, j’ai passé six mois dans un lycée en Touraine pour y apprendre le français», précise-t-elle.
Pourquoi pas simplement l’allemand ou le suisse allemand? «Pour moi, le français va mieux avec la musique, répond la chanteuse. Et puis j’aime cette langue. Quant au saint-gallois, ce n’est pas vraiment le plus joli des dialectes… Je ne crois pas que les autres suisses allemands aient envie d’entendre quelqu’un chanter en saint-gallois!»
La chanson française a-t-elle marqué son jeune parcours? «La chanson française, c’est un peu trop grand pour moi. C’est autre chose. Cela n’a rien à voir avec moi, je fais du pop… Pour moi, la chanson française, c’est Edith Piaf ou Serge Gainsbourg».
Ce qui n’empêche pas Carla Maurer, sans complexes, d’écrire tous ses textes: «Il ne faut pas réfléchir aux fautes qu’on peut faire. Il y a des fautes et des petits défauts dans mes textes, mais je n’y fais pas attention. Je crois qu’on me comprend, quand même… j’espère!»
Au gré des vents… solaires
Le premier album de Subnee s’intitule «Extravéhiculaire». Extravéhiculaire? «Se dit de l’activité d’un spationaute hors de son véhicule spatial», définit Le Petit Larousse, qui est là pour ça. Pourquoi avoir choisi ce titre pour cet album? «J’ai ouvert le dictionnaire et je suis tombé sur ce mot», répond en riant Carla Maurer.
Comme elle rit également en parlant du nom choisi pour le groupe («ça ne veut rien dire… on cherchait un nom, on en a trouvé un!». Un nom par hasard, un titre par hasard, un parcours pop par hasard: avant sa rencontre autrichienne, elle pratiquait le chant classique.
A côté de «Subnee», Carla Maurer compte terminer ses études… de théologie. Décidément, avec elle, on va de surprise en surprise… La théologie? «Surtout par intérêt historique, précise-t-elle. La théologie, c’est des études où on peut apprendre beaucoup de choses. Je ne sais pas du tout où ça va m’amener, si un jour je serai pasteur ou non!»
«Les grands artistes ont du hasard dans leur talent et du talent dans leur hasard», constate Victor Hugo. «Il faut, dans la vie, faire la part du hasard. Le hasard, en définitive, c’est Dieu» rétorque Anatole France. «Il n’y a pas de hasards, il n’y a que des rendez-vous» conclut Paul Eluard. A Carla de trancher…
swissinfo/Bernard Léchot
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.