La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

Thierry Lhermite et Sylvie Testud, duo infernal

«Que faire d'une invitée qui ne part pas?» SP

En tournée suisse, les deux vedettes interprètent «Biographie sans Antoinette», pièce de l'auteur suisse Max Frisch, écrite à la fin des années 1960. Une mise en jeu étourdissante de la vie.

A en juger par les bouteilles d’alcool laissées vides sur le chariot, on peut dire que la soirée fut bien arrosée. Et on peut ajouter que l’alcool aidant, les invités du professeur Kürmann (Thierry Lhermite) ont dû ce jour-là passer une nuit vertigineuse.

Ce qui s’avérera juste par la suite, surtout quand entre en scène l’une des convives, Antoinette (Sylvie Testud), poupée Barbie à la sexualité bien affichée, pin-up à la silhouette dégingandée, saisie du vertige que l’on devine. A ceci près, que son vertige n’est pas ici éthylique mais existentiel.

Il est donc 2h du matin quand Kürmann se retrouve seul avec Antoinette et avec cette phrase qui reviendra ponctuellement dans sa bouche à lui: «Les invités étaient partis, et je l’ai trouvée là, comme ça, assise… Que faire d’une invitée qui ne part pas?»

Un leitmotiv obsessionnel pour une mise en jeu étourdissante de la vie, savamment orchestrée par Max Frisch dans «Biographie sans Antoinette». Une pièce (montée par l’Allemand Hans Peter Cloos) qui porte en elle comme une plaie cette question empoisonnante: «Combien avons-nous de vies possibles?»

Porte ouverte

Il ne fallait pas s’attendre à une réponse radicale de la part de Max Frisch qui laisse ici la porte ouverte à de multiples combinaisons. «Que faire donc d’une invitée qui ne part pas?» L’aimer ou la laisser s’envoler ? Kürmann aima Antoinette, il l’épousa, le regretta. Au bout de quelque temps, le couple vola en éclats.

Antoinette la belle était infidèle. Kürmann, trop braqué sur sa réussite personnelle, ne le supporta pas. Cet intellectuel, professeur en comportementalisme, voulut en savoir plus sur sa capacité à dévier le cours des choses.

Il décide donc de faire venir un metteur en scène (Eric Prat) et le charge de lui imaginer plusieurs versions d’une même existence: Kürmann sans Antoinette, puis Kürmann de nouveau avec Antoinette. Comme ça… pour voir ! Pour voir si quelque chose change lorsque l’occasion nous est donnée de nous réinventer. Situation infernale qui évolue en boucle et creuse chaque fois plus loin le sillon de l’échec.

Car remettre en jeu sa vie ne signifie pas forcément la corriger. Nous refaisons toujours les mêmes erreurs, enchaînés que nous sommes à nos atavismes.

Jeu de rôles

«Que faire d’une invitée qui ne part pas?» Sur scène, l’horloge sonne 2 heures, une fois de plus. Si elle avance, c’est pour revenir toujours au même point. Chez le couple Kürmann-Antoinette rien ne bouge vraiment. Max Frisch sait de quoi il parle. Lui qui a changé de femmes plusieurs fois connaît bien les affres de la vie à deux. Dans cette «Biographie», il a mis un peu (beaucoup?) de lui-même.

L’architecte qui se cache en lui (et oui ! Frisch est diplômé de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Zurich) sait aussi échafauder des scénarios de survie. Pour autant, il n’est pas dupe: ces scénarios sont pour lui un jeu auquel se livrent avec plus ou moins de bonheur Sylvie Testud et Thierry Lhermite.

Lui, bat en retraite dès la première scène de drague. On est presque tenté de dire que c’est foutu d’avance. Réfugié derrière une lassitude engourdie, l’acteur joue mal sa partie.

Sylvie Testud est quant à elle virevoltante, joliment ébréchée par l’existence, obstinément accrochée à sa cigarette, drogue indispensable pour cette femme qui a bien compris que la vie est un jeu de rôles.

swissinfo, Ghania Adamo

«Biographie sans Antoinette» (titre initial «Biographie: un jeu »), pièce de Max Frisch.

Mise en scène Hans Peter Cloos.

Avec notamment Thierry Lhermite et Sylvie Testud.

A voir le 17 janvier à la salle CO2, à Bulle. Le 21 janvier au Théâtre du Léman, à Genève, le 22 janvier au Théâtre du Crochetan, à Monthey.

Né en 1911 à Zurich d’un père architecte, il est, avec Friedrich Dürrenmatt, le plus grand auteur de théâtre suisse.

Dès 1927, il commence à écrire puis entreprend des études littéraires.

En 1933, la mort de son père le pousse à exercer la profession de journaliste. Reporter, il fait ses premiers voyages en Europe orientale.

A 25 ans, il entre à l’EPF (Ecole Polytechnique Fédérale) de Zurich où il obtient son diplôme d’architecte.

En 1943 paraît son premier roman «J’adore ce qui me brûle», et en 1944 sa première pièce de théâtre «Santa Cruz».

Viennent ensuite ses pièces les plus connues comme «Monsieur Bonhomme et les Incendiaires», «Don Juan ou l’amour de la géométrie» et «Andorra».

En 1958, il reçoit le prestigieux Prix Georg Büchner.

Lors du Scandale des Fiches en 1990, il apprend qu’il a été espionné par les autorités suisses.

Il décède le 5 avril 1991, quelques mois après Dürrenmatt.

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision